CINQUIÈME PARTIE, SECTION II., CHAPITRE XXVI
annoncée et prédite par Dieu lui-même dans le prophète Isaïe, sans le secours de la protection de Dieu?
Ces cinq prodiges sont des miracles incontestables qui accompagnèrent la conversion du monde, que nous avons appelée le plus grand des miracles à cause des circonstances vraiment merveilleuses avec lesquelles elle s'est produite. Les miracles ordinaires rendent la santé au corps, qui s'éteint avec la vie ; ceux-ci ont sauvé les âmes et changé les cœurs ; les premiers n'atteignent que quelques personnes en particulier, les seconds servent au bien universel du monde, et, nous le savons, plus le bien est universel, plus il est divin.
Comment la providence de Dieu fait éclater sa sagesse dans cette œuvre si difficile de la conversion du monde.
Après cette grande merveille de la conversion du monde, le lecteur prudent se demandera sans doute comment la sagesse de Dieu s'est conduite dans cette œuvre étonnante. A l'admiration, disent les philosophes, succède la réflexion, et l'homme est naturellement porté à découvrir les causes des choses qui l'ont étonné. Il faut donc savoir qu'il a été écrit de la Providence divine qu'elle dispose et ordonne toutes choses avec suavité, Sap. vin, 1, en procédant toujours par des moyens convenables et proportionnés aux fins qu'elle a en vue ; nous allons voir cette parole vérifiée dans l'œuvre dont nous parlons.
Et d'abord, afin d'ouvrir la voie aux prédicateurs de l'Evangile, la Providence voulut que la plus grande paix qui fût jamais régnât alors sur le monde entier, réuni sous l'autorité d'un seul et même homme, l'empereur de Rome ; le monde entier ne faisant qu'un seul peuple, la prédication de l'Evangile pouvait se répandre sans obstacle dans toutes les parties de l'univers, ce qui ne se serait jamais produit si le monde eût été divisé comme il l'est de nos jours en plusieurs royaumes ennemis ou rivaux. Cette paix et cet empire universels résultent clairement du dénombrement qui se fit au temps de César Auguste, à l'époque même de la naissance du Sauveur.
Elle prit soin, en second lieu, d'enseigner aux prédicateurs de
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l'Evangile toutes les langues qui se parlaient dans le monde ; comment sans cela ces pauvres Galiléens auraient-ils pu évangéliser la terre entière, alors surtout qu'il faut tant de temps pour apprendre et posséder parfaitement une seule langue?
Troisièmement, et c'est en ceci surtout que l'action de la Providence éclate davantage, le Saint-Esprit répandit dans l'âme de ces hommes tous les trésors et toutes les richesses de ses vertus et de ses grâces, une foi inexpugnable, une incomparable charité, un zèle ardent et un grand désir de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Il leur donna surtout un si grand courage que, ni les périls, ni les travaux, ni les fers, ni les épreuves, ni les chemins, ni les tourments, ni les menaces des tyrans, ne les faisaient faillir ou chanceler dans leur entreprise. Au milieu des dangers de ces luttes sanglantes, le peuple privilégié préférait la mort à une fuite honteuse, tandis que le reste des hommes reculait facilement devant les premières épreuves ; qu'on se souvienne de la conduite des apôtres eux-mêmes avant la venue du Saint-Esprit, aux jours de la captivité du Sauveur qu'ils abandonnèrent au pouvoir de ses ennemis. Matth. xxvt. Le premier d'entre eux, celui qui devait être le plus fidèle et le plus vaillant, renia trois fois son Maître, lorsqu'il aurait pu ranimer ses forces dans la pensée qu'il était le serviteur d'un homme qu'il savait être, par révélation, le \ -rai Fils de Dieu et qui, comme tel, avait quelques jours auparavant ressuscité dans son tombeau Lazare mort depuis quatre jours. Matth. xvi; Joan. xi. Ces souvenirs ne le préservèrent pas de sa faute et de son reniement. Mais après la venue du Saint-Esprit, lui et tous ses compagnons, malgré l'infériorité de leur origine selon la chair, furent animés d'une telle force et d'une si grande constance qu'ils moururent tous h la tâche; les uns eurent la tête tranchée, les autres furent crucifiés, les autres précipités de lieux élevés, les autres percés de lances, les autres écorehés vifs, les autres écrasés sous des pierres, les autres brûlés avec des lames de fer ardentes. Ils luttèrent tous, avec nue constance admirable et divine, contre toutes les puissances du monde, et, quoique vaincus, ces hommes mêmes qui, avant la descente de l'Esprit - Saint, reniaient le Christ et l'abandonnaient à la moindre oeça-