‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 132 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVI

sion, triomphèrent du monde et le soumirent au glorieux empire de leur Maître. Saint Jean est le seul qui ne soit pas mort martyr, mais il en eut tout le courage, car il fut jeté dans une chaudière d'huile bouillante d'où il ne fut délivré que par miracle.

Quatrièmement, le Saint-Esprit donna aux apôtres un empire universel sur la nature et le démon, et le pouvoir de faire des miracles en guérissant subitement les malades, en ressuscitant les morts, et en délivrant les possédés. Le miracle fut l'arme principale avec laquelle la foi se fonda dans le monde ; la sagesse divine voulut que les hommes fussent amenés à croire des vérités élevées au-dessus de la raison, en voyant s'opérer des œuvres qui dépassaient les forces de la nature, qu'il pouvait seul opérer, et par lesquelles il rendait témoignage à la doctrine que les apôtres enseignaient.

Mais non- seulement Dieu opéra des miracles par l'entremise des apôtres, il en fit d'innombrables en faveur des saints martyrs, qui convertirent souvent un grand nombre de ceux qui assistaient à leur supplice. Que de personnes, en effet, se sont converties au martyre de sainte Catherine, de sainte Marguerite, et d'une foule de saints et de saintes dont il est fait mention à chaque pas dans le Martyrologe? Quelquefois on voyait les juges eux-mêmes et les bourreaux se convertir à la foi, témoin ce que nous lisons dans le récit du martyre de saint Menne. Envoyé par Dioclétien à Alexandrie pour y apaiser une sédition redoutable, ce saint exécuta les ordres de l'empereur, mais ensuite il encourageait les chrétiens à la confession de la foi. Sur quoi l'empereur, indigné, envoya contre lui un juge très-sévère qui mit tant d'empressement et de zèle à obéir à son maître qu'en arrivant à Alexandrie il coupa la langue du saint et lui arracha les yeux. Mais le Seigneur, qui voulait opérer des merveilles, le guérit peu après, et lui rendit et sa langue et ses yeux. Le juge demeura confondu à l'aspect de ce miracle, et, touché par Dieu, il crut au Christ avec une grande fermeté, et fut mis à mort avec saint Menne.

Ce que nous lisons dans le martyre de la vierge Faustine est un miracle peut-être plus étonnant encore. A la mort de ses pa-

rents, sainte Faustine se trouva, dans la fleur de son âge, à la tète d'une grande fortune; mais elle, méprisant et les richesses, et les plaisirs, et toutes les séductions des alliances qu'on lui proposait, embrassa la virginité, et passait sa vie tout entière dans le jeûne et les veilles, dans la prière, les aumônes et la lecture des livres saints. L'empereur Maximien, informé de ses résolutions, envoya vers elle un juge, nommé Eulase, avec mission de convertir la vierge au culte des idoles. Celui-ci avait déjà fait des efforts inutiles, lorsque, touché de Dieu et frappé des miracles que la vierge faisait, il embrassa lui-même la foi du Christ. Cette nouvelle mit le comble à la rage de l'empereur, qui fit partir aussitôt un autre juge, nommé Maxime, pour martyriser à la fois et la vierge et le juge qu'il avait d'abord envoyé. Fidèle aux ordres qu'il avait reçus, et respectant aveuglément la volonté de l'empereur, le nouveau juge ordonna, en arrivant, de les jeter tous deux ensemble dans une grande chaudière d'eau bouillante; mais comme les martyrs n'éprouvaient aucun mal de ce tourment, le nouvel envoyé de l'empereur ne put résister aux charmes des miracles, et lui aussi, après avoir chaudement embrassé la foi, se précipita dans la même chaudière. Ainsi moururent à la fois, avec l'éclat des martyrs, une faible mais sainte femme et les deux juges qui l'avaient d'abord condamnée.

Les bourreaux se convertirent très-souvent comme les juges en présence des merveilles dont ils furent témoins. Quand mourut la vierge sainte Martine, huit des persécuteurs, voyant les anges reproduire en leurs corps tous les tourments qu'ils infligeaient à cette héroïque vierge, se convertirent à la foi, et, convaincus par ce miracle, renoncèrent aux idoles pour confesser la foi de Jésus- Christ; ils furent, peu de temps après, livrés au martyre, comme on le rapporte au premier jour de janvier.

Par ce qui précède le lecteur chrétien comprendra ce que nous avons dit au commencement de ce chapitre, à savoir, combien sagement la sagesse divine a conduit et dirigé l'œuvre de la conversion du monde. Elle est arrivée à ses fins par des moyens convenables et glorieux, sans lesquels le monde ne se serait jamais converti, et avec lesquels un nombre infini de peuples

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