‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 134 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVII

consacré à Diane, et mis au rang des sept merveilles du monde? Et ce temple de Sérapis, ce grand dieu d'Alexandrie, avec sa statue d'un art et d'une grandeur si extraordinaire? N'ont-ils pas été tous renversés et livrés aux flammes? Où sont maintenant tous ces dieux autrefois si célèbres, Jupiter, Junon, Neptune, Minerve, Pallas, Lucine, Bérécinthe, "Vénus et Yulcain son époux, et Mars, son complice adultère, Antinous, la déesse Flore, cette courtisane éhontée qui mourut dans le crime, et le dieu Priape, aux sacrifices duquel présidait la glorieuse mère du saint roi Asa dont il est fait mention dans l'Ecriture? Que sont devenues les idoles des autres nations, Bel, Baal, Baalin, Astaroth, Moloch, Dagon, Melchon, et tous ces monstres divinisés, que le monde adorait et qui avaient pour protecteurs acharnés tous les rois et tous les monarques de l'univers? Le Crucifié a triomphé de tous ces obstacles, il a renversé tous ces dieux, ruiné tout leur culte, et nous ne saurions même pas leurs noms, s'ils ne nous eussent été conservés dans les ouvrages des auteurs profanes où il en est fait mention.

Et cependant en cela ne consiste pas tout ce prodige, car les hommes, après avoir renversé ces faux dieux, adorèrent comme le vrai Dieu un homme crucifié entre deux voleurs ! 0 merveille étonnante! Que l'homme cherche à connaître ce dont il doit s'étonner davantage, ou bien de ce que le Seigneur a ruiné l'idolâtrie dans la plus grande partie de l'univers, ou bien de ce qu'il a amené les hommes à adorer comme le véritable Dieu un obscur crucifié !

Car il faut remarquer qu'un grand mystère est renfermé dans ces paroles du Sauveur : « Si je suis élevé sur une croix, j'attirerai tout à moi. » S'il avait dit en effet : « Lorsque je serai ressuscité, ou que je monterai au ciel, ou que j'enverrai le Saint- Esprit, j'attirerai tout à moi, » on s'étonnerait moins. Mais donner comme cause de la transformation de l'univers, ce qui rebutait davantage les hommes d'embrasser la foi du Christ, voilà qui est étrange et vraiment extraordinaire. Ce mystère, nous l'avons exposé dans la quatrième partie de notre Introduction au Symbole, et nous nous contenterons de résumer ici ce

que nous avons déjà dit. Pour le bien comprendre, que l'on remette en son esprit le souvenir de toutes les merveilles opérées en Egypte par Dieu, lorsqu'il voulut délivrer son peuple ; dans le désert, quand il l'y conduisit miraculeusement pendant quarante années ; lors de la conquête de la terre promise, enfin, en arrêtant les eaux du Jourdain, en combattant avec les Israélites contre leurs ennemis, en renversant les murailles de Jéricho, en arrêtant le soleil au milieu de sa course. Il faut encore se représenter l'appareil magnifique et la majesté dont s'entoura le Seigneur sur le mont Sinaï quand il voulut donner sa loi aux Hébreux; les enfants d'Israël en conçurent une grande crainte et dirent à Moïse : « Parle-nous toi-même, nous voulons bien t'entendre, mais que le Seigneur ne nous parle pas de peur que nous ne mourions. » Moïse leur dit alors que si le Seigneur était ainsi venu , c'était pour imprimer dans leurs cœurs par la voie de la crainte, une impression durable qui les préservât à jamais du péché. Et en effet, en opérant ces merveilles, en révélant sa grandeur, Dieu voulait que son peuple fût pénétré pour lui d'une crainte salutaire, qu'il ne connût et ne servît que lui seul, qu'il n'adorât enfin jamais de dieux étrangers. Non content de cela, il éleva entre son peuple et la gentilité un mur de division infranchissable. Les Juifs différaient en effet des Gentils dans presque toutes leurs habitudes et leurs usages, dans leur nourriture, dans leur manière de labourer les champs et d'en cueillir les fruits, dans leurs vêtements, dans l'observation du sabbat, et Dieu l'avait ainsi voulu afin qu'ils eussent en abomination ceux qui n'observaient pas les préceptes et surtout ceux qui n'étaient pas circoncis. C'est ainsi que, dans l'ardeur de la bataille, le roi Saùl conjurait un de ses soldats de le tuer de peur de mourir des mains des incirconcis, I lieg. xxxi, tant ces derniers lui semblaient abominables. Dans les desseins de la sagesse de Dieu, cette horreur que les Juifs avaient pour tous ceux qui n'observaient pas leurs rites, devait être l'image de celle qu'ils devaient porter à leurs superstitions et à leur idolâtrie.

Certes la Providence avait été admirable dans les précautions qu'elle avait prises pour conserver les Juifs dans leur intégrité ;

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