‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 135 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVII

mais où aboutirent tous les soins et toutes les injonctions de la loi? A peine ceux qui avaient été témoins des merveilles opérées par Dieu, furent-ils morts, que l'idolâtrie se répandit parmi le peuple fidèle, et avec l'idolâtrie tous les vices qui l'accompagnent. C'est pourquoi le Fils de Dieu, voyant l'inutilité de tant de prodiges pour convaincre les hommes, résolut de descendre du ciel sur la terre et de venir, porter lui-même remède à ce grand désordre. Mais comment est-il venu cette fois? Ah! il ne s'entoure plus de tout l'éclat de son ancienne majesté, mais il prend tous les dehors de l'iimnilité la plus profonde. Il naît dans une étable, il choisit une crèche pour berceau ; sa vie répond à ses douloureux commencements ; sa mort enfin met le comble à ses abaissements et à son humilité comme nous l'avons vu un peu plus haut au chapitre xxv. En effet, il fut pris, lié, couvert de crachats, souffleté, fouetté, couronné d'épines, outragé, tourné en dérision, vêtu d'une robe blanche, comme un fou, on couvert d'une robe de couleur, comme un roi de théâtre ; mis audessous de l'infâme Barabbas , condamné à la mort de la croix comme un malfaiteur public, crucifié enfin tout nu entre deux voleurs. C'est dans cet appareil d'humiliation et dans cette bassesse surprenante qu'il ose annoncer qu'il attirera tout à lui et qu'il sera adoré comme le vrai Dieu. Si nous ne savions déjà l'heureux accomplissement de cette prédiction, pourrions-nous nous empêcher de dire : « Quoi donc ! ce dehors et cette vie sont plutôt faits pour éloigner les hommes de ce Seigneur que pour le leur faire adorer? Et pourtant, au grand regret de la prudence et de la puissance humaines, les choses se sont passées autrement. Le Crucifié fut prêché et adoré dans toutes les nations de l'univers ; il fut glorifié par le sang des martyrs qui moururent pour sa gloire et pour confesser son nom parmi tous les peuples du monde. Ce miracle, nous l'avons déjà vu, fut accompli par le ministère de quelques hommes obscurs et ignorants dont la plupart ne savaient même pas lire. Ceux qui crurent en lui, se détachèrent tellement du culte des idoles, qu'ils souffrirent toutes sortes de tourments plutôt que de les adorer, et finalement la victoire fut si complète qu'ils détruisirent l'idolâtrie dans

la plus grande partie du monde. Qui ne reconnaît là la vertu et la toute -puissance du bras de Dieu? Quelle merveille qu'une si grande humilité et une bassesse si profonde, aient produit dans le monde ce que les grands prodiges d'autrefois et les miracles opérés par Dieu n'avaient pu réaliser? Y a-t-il rien de plus étonnant que ces triomphes ? Et pouvait-on attendre d'autres que de Dieu l'achèvement parfait de ces deux grandes entreprises ?

Prophéties de la destruction de Jérusalem et fondation de l'Eglise.

Il y a encore dans l'Evangile une autre prophétie du Sauveur, très-souvent répétée, qui concerne la destruction de Jérusalem. Avant de s'offrir lui-même en sacrifice à son Père pour nos péchés, le Sauveur jeta des yeux de commisération sur cette ville où il allait mourir, et se représentant l'extrême calamité et. la destruction entière qui lui étaient réservées à cause du crime qu'elle allait commettre en le mettant à mort, il s'attendrit, et pleura sur elle en disant : « Ah! si tu savais maintenant, et surtout aujourd'hui, ce qui peut t'apporter la paix. Mais maintenant tout cela est caché à tes yeux. Car des jours viendront sur toi, et tes ennemis t'environneront de murailles, et ils t'enfermeront, et ils te presseront de toutes parts, et ils te rem ront par terre, et toi et tes fils qui sont en toi, et ils ne laisseront point en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée. » Luc. xix. të-45. Dans ces paroles, et quarante-deux ans avant l'événement, le Sauveur prophétisait, non plus en général, mais d'une manière tout-à-fait précise, la destruction de Jérusalem. Il y annonçait tout ce qui a été écrit depuis, dans l'histoire de Josèphe, sur cette tragique catastrophe. Cet historien nous apprend en effet que la ville fut renversée de fond en comble, si bien que les voyageurs, en passant aux lieux où elle fut, ne se douteraient jamais que des hommes ont habité là;.le même historien fait aussi mention d'un retranchement qui fut construit en trois jours, afin que nul ne put entrer dans la cité ni en sortir. Le Sauveur fait encore mention, dans sa prophétie, du massacre des habitants de Jérusalem; or le carnage qu'on en fit fut si grand, qu'on ne cite pas depuis le déluge un siège, ni

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