CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXVUI
dant les deux tribus fidèles de Benjamin et de Juda ne profitèrent pas de l'expérience d'autrui ; loin de là, elles suivirent les mêmes égarements, et en punition des mêmes vices, furent, réservées aux mêmes épreuves et envoyées captives à Babylone. On voit donc combien restreint était le nombre des justes sous cette loi, quoique saint Jean, au livre de ses révélations, compte dans chaque tribu d'Israël cent quarante-quatre mille élus et prédestinés, et qu'il soit à supposer que le nombre en est encore plus grand, puisque les saints innocents immolés en si grand nombre au temps d'Hérode, n'entrent pas dans cette appréciation. Apoc. VIT.
Mais le même évangéliste qui signale dans les douze tribus d'Israël ce grand nombre d'élus, dit en parlant de la gentilité qui comprend toutes les nations de l'univers , qu'il vit une grande multitude de saints que nul ne pouvait compter, revêtus de robes blanches et portant des palmes en leurs mains. » Apoc. vu, 9. La couleur de leur vêtement représente la pureté de leur vie, et les palmes de leurs mains, la gloire de leurs triomphes. Le prophète Isaïe nous représente plus clairement encore la même vérité, quand il compare les fidèles de la gentilité à ceux du judaïsme. S'adressant donc à l'Eglise formée dans la gentilité, il l'exhorte à rendre grâce à Dieu pour cette fécondité et pour l'abondance de ses enfants : « Remercie et loue Dieu, ô toi, femme stérile qui n'enfantes pas, chante des cantiques de louanges, pousse des cris de joie, toi qui n'avais pas d'enfants, car l'épouse abandonnée, c'est-à-dire la gentilité, est devenue plus féconde que celle qui avait un époux, » Isa. nv, 1, c'està-dire que la synagogue, choisie par Dieu pour son épouse. Cette même Eglise, composée des enfants des nations, admire dans le même prophète, son ancienne stérilité changée en une fécondité surprenante , et tout étonnée de cette merveille, elle demande qu'on lui donne plus d'espace afin de réunir ses fils, dans ces paroles divines : « Un temps viendra où les enfants de la femme stérile répéteront : Le lieu est trop étroit, faites - nous une enceinte que nous puissions habiter. Et alors tu diras dans ton cœur : Qui m'a donné tous ces enfants, à moi qui étais
stérile et qui n'enfantais pas? J'étais chassée de mon pays et captive, qui les a nourris? J'étais seule et abandonnée, d'où me sont-ils venus? » Isa. xlix, 20, v2l. Dans ce passage du Prophète, nous voyons comment l'Eglise, formée de tous les peuples de la gentilité, et qui était autrefois stérile parce qu'elle ne donnait pas des fils à Dieu, s'étonne de voir tant d'infidèles devenus fidèles, et admire que ces hommes dont l'ancienne malice rappelait celle des démons puissent maintenant imiter les anges par la pureté de leur vie.
Or, pour en revenir au sujet principal de ce chapitre, je dis que l'infinité de saints qu'a produits l'Eglise chrétienne , donne à notre foi un témoignage si inébranlable, qu'encore qu'elle n'eût ni les miracles, ni les prophéties, ni toutes les" excellences dont nous avons parlé dans cette seconde partie, il n'en faudrait pas davantage pour reconnaître sa vérité. Il est évident, en effet, après ce qui précède, que depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, il n'y a eu ni religion, ni loi, ni doctrine qui aient produit un si grand nombre de saints et de saintes en tout genre de sainteté que la nôtre.
Voici maintenant comment je raisonne. Comme il est incontestable qu'il y a une religion certaine et véritable, qui honore et glorifie Dieu , et qu'il y a eu sur la terre bien des cultes, par lesquels les hommes ont prétendu l'adorer, cette religion sera la certaine et la vraie, où brilleront le plus de saints et de saintes au nombre de ses fidèles, puisque la fin de la loi et de la religion vraies, ainsi que nous l'avons dit, est de rendre les hommes vertueux et saints. 11 n'y a pas de voie de raisonnement plus sûre et plus commune que celle qui cherche à connaître les causes par les effets qu'elles produisent, comme on connaît l'arbre par ses fruits. L'effet et l'office propre de la vraie religion étant, comme nous l'avons dit, de rendre les hommes saints et vertueux, qui peut douter que la loi et la religion des chrétiens ne soient les véritables, puisqu'elles ont été dans le monde, nous l'avons vu, une immense pépinière de tout genre de sainteté et de vertu?