‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 141 sur 383 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Conclusion de cette seconde partie.

Tout ce que renferme cette seconde partie nous découvre la dignité, l'excellence et la beauté de notre foi et de notre religion saintes, elle confirme dans la foi ceux qui ont reçu du Ciel cette lumière divine, en leur montrant clairement la vérité de ce que disent les théologiens, qu'encore que les articles de notre foi ne soient pas évidents, néanmoins il est évident qu'il faut les croire sans hésiter, d'une manière inébranlable, comme s'ils avaient été évidemment démontrés.

Et afin de mieux entendre cette doctrine , souvenons-nous de trois vérités infaillibles, exposées dans la première partie de cet ouvrage. La première, c'est qu'il y a un Dieu, si élevé et si grand de sa nature qu'on ne peut rien imaginer qui lui soit supérieur; que ce Dieu est le suprême Seigneur de l'univers, qu'il gouverne le monde et que nos vies se soutiennent par les bienfaits de sa providence. La seconde vérité découle de la première; elle consiste en ce qu'il faut honorer Dieu par -dessus toutes choses tant à. cause de la grandeur de sa majesté, qu'à cause de ses innombrables bienfaits, puisque nous avons en lui la vie, le mouvement et l'être. La troisième vérité , qui est une conséquence de la précédente, consiste en ce qu'il doit y avoir nécessairement dans le monde un culte et une religion dignes de Dieu, qui le servent et l'honorent légitimement d'une manière conforme à sa grandeur et à sa majesté divines. Ces trois vérités so.^t claires et certaines, même à la simple lumière naturelle, et semblent ainsi échapper à tout doute et à toute négation.

Reste maintenant la quatrième vérité; elle a été longuement démontrée dans cette seconde partie, et d'après l'opinion générale des théologiens, elle est aussi évidente que les autres vérités; par elle se prouvent la véritable foi et la religion chrétienne, puisqu'en elles concourent toutes les excellences que doit avoir une parfaite religion, et toutes à un degré souverain de perfec-

tion. En effet, résumons en peu de mots ce qui précède, il n'y a pas de religion qui ait de la bonté, de la toute -puissance, de la providence et de toutes les grandeurs de Dieu, une idée plus haute et plus magnifique ; aucune n'a des lois plus excellentes, des conseils plus spirituels et plus divins; aucune, si ce n'est elle, ne possède des sacrements qui donnent la grâce pour secourir et fortifier notre faiblesse; aucune ne favorise davantage la vertu, et ne flétrit plus odieusement le vice ; à la première elle promet des récompenses infinies ; elle menace la seconde des plus horribles châtiments; aucune enfin n'a produit dans le monde des effets plus excellents, car elle en a arraché l'idolâtrie, et elle y a admirablement modifié les coutumes des hommes. Mais il y a plus : il n'est pas de religion qui ait été défendue, prouvée, soutenue par de si nombreux et de si éminents docteurs ; il n'en est pas pour la vérité de laquelle tant de martyrs aient versé leur sang ; il n'en est pas qui repose sur une si grande multitude de miracles, alors qu'un seul suffisait pour en confirmer la vérité ; il n'en est pas enfin dont la vérité ait reçu le témoignage de tant de prophéties, puisque toutes celles de l'ancien et nouveau Testament tournent à sa gloire. Or, si l'on connaît l'excellence des causes par celle des effets qui en procèdent, et si c'est un effet de la véritable religion de rendre les hommes vertueux et saints, c'est une chose notoire que dans aucune des religions qui ont paru sur la terre, il n'y a un si grand nombre de saints en tout genre de sainteté, et surtout de martyrs; ces derniers, outre la sainteté de leur vie, ont donné à notre foi le témoignage de leur sang.

Voilà des vérités qu'aucun homme de sens ne pourra nier. Nous venons de voir, lecteur chrétien, quelles sont les propriétés et les excellences d'une véritable religion, et comment elles se trouvaient toutes parfaitement réunies dans notre sainte foi. Chacune d'elles, en effet, est une voix qui prêche cette vérité, et toutes réunies produisent dans les âmes pures et saintes une consonance et une mélodie très-suaves. De même, en effet, que la mélodie de la musique corporelle résulte de plusieurs sons confondus en une merveilleuse unité, de même toutes ces excellences, chacune avec sa considération propre, s'unissent pour

Page 1