CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIX
rendre un solennel témoignage . à la vérité de notre foi. Cette douce musique spirituelle est d'autant plus suave que la musique corporelle, qu'elle se rapporte à une fin plus élevée, c'est-à-dire à la connaissance de la vérité première et souveraine.
Or toutes ces excellences, que sont-elles, si ce n'est des preuves de notre foi, des témoignages de la vérité, des preuves nouvelles de notre religion, des marques de la présence du Saint- Esprit qui la dirige, la gloire du Christ qui l'a fondée, le secours des chrétiens et l'espérance des affligés? Plus la foi est ferme, plus l'espérance qui la suppose, est puissante, et l'espérance est un port assuré pour tous les égarés et un remède commun à tous les maux.
Que la doctrine ci-dessus exposée est pour les imparfaits un puissant motif
d'espérance.
Avant de terminer ce chapitre je veux satisfaire aux désirs de quelques hommes amis d'eux-mêmes, qui, encore qu'ils servent Dieu notre Seigneur à cause de ses perfections, ne perdent pas, de vue les récompenses éternelles. Eux aussi, témoins de ce dont nous venons de parler, reconnaîtront facilement que la religion chrétienne est la plus parfaite de toutes celles qui ont paru dans le monde, et que pour ce qui concerne Dieu, les chrétiens ont la conscience tranquille, puisqu'ils l'honorent aussi bien qu'il puisse être honoré. Cette considération suffira pour ceux qui aiment Dieu parfaitement, sans avoir en vue leurs intérêts temporels ou éternels. Mais il en est qui ne sont pas arrivés à ce degré de charité, et ceux-là pourront fortifier leur espérance au moyen de tout ce que nous avons dit jusqu'ici ; il est évident en effet après ce qui précède, que tous les articles de notre foi sont d'une vérité infaillible, et parmi ces articles, les principaux enseignent qu'il y a des châtiments et des récompenses pour les méchants et pour les bons, ce qui est le principal fondement de notre foi et de notre confiance.
Mais afin de soutenir davantage le courage de ces âmes faibles, et de confirmer plus solidement cette vérité, je mettrai de côté toutes les raisons qui prouvent la providence de Dieu, et je m'attacherai à une seule, en profitant de tout ce qui a été dit
jusqu'ici sur la victoire des martyrs qui ont souffert pour la gloire de Dieu. Je prie donc le lecteur prudent de jeter les yeux sur les cruautés par lesquelles les tyrans défendaient le plus grand des péchés du monde, l'idolâtrie, et aussi sur la foi admirable et la constance des martyrs qui souffraient pour la gloire et l'honneur du vrai Dieu. Qu'il songe surtout à Dioclétien, ce tyran perfide qui baigna la terre du sang des martyrs, que dis-je? qui couvrit la terre d'un déluge de ce sang précieux, en mettant en usage des tourments inconnus jusque-là dans le monde et exercés avec une constance qui ne se démentait pas, au profit des statues des démons dont il avait fait ses dieux; qu'il pense d'autre part à l'innocence, à la sainteté, à la fidélité des saints martyrs qui enduraient, avec une constance intrépide, les plus affreux supplices. Qu'il juge, après cela, s'il serait raisonnable que le plus juste des juges laissât tant d'infamies sans châtiments et de si admirables vertus sans récompenses! Peut-on rien concevoir de plus indigne de cette bonté et de cette justice sans bornes, qui aime si ardemment les bons et qui déteste d'une haine si profonde les méchants et les pervers?
C'est par cette considération que l'Apôtre consolait les fidèles de Thessalonique, en les félicitant de leur foi et de leur patience au milieu des persécutions et des tribulations qu'ils avaient à soutenir : « Cette foi et cette patience, leur disait-il lui-même, sont des marques du juste jugement de Dieu, car il est juste qu'il rende l'affection à ceux qui vous affligent, et que vous qui êtes dans la tribulation, vous soyez récompensés. » II Thés, i, 4-7. Le patriarche Abraham disait la même chose à Dieu, lorsque celui-ci se préparait à détruire Sodome et Gomorrhe. « Eh quoi! Seigneur, lui dit-il, perdrez-vous l'innocent avec le coupable, le juste avec le criminel? Non, Seigneur, cela ne vous convient pas, vous qui jugez la terre en toute justice et en toute équité, vous ne porterez pas cette sentence. » Gen. xvm, 23-25. Dans ces paroles le grand patriarche veut exprimer combien il serait indigne de la justice de Dieu de traiter le bon comme le méchant, le juste comme l'injuste, et de donner le même sort à des hommes dont la vie fut si différente.