CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXX
Joignons à cet exemple celui du roi Hérode et de saint Jean- Baptiste. Hérode, séduit par la danse d'une courtisane, donna ordre de couper la tête à Jean-Baptiste et de la lui porter dans un plat d'or. Jean-Baptiste reprochait à Hérode sa mauvaise vie et lui disait qu'il ne lui était pas permis d'épouser la femme de son frère, tant que le mari de cette femme vivrait. Que l'homme sage juge encore ici lui-même s'il était juste que l'homme le plus saint qui est né d'une femme, après être mort dans les fers et avoir eu la tête tranchée, ne reçût aucune récompense, et que ce tyran , adultère et incestueux , continuât à vivre heureux sur son trône, après avoir donné la mort à un grand nombre de ses concitoyens, volé et pillé les pauvres? Que dire aussi de l'autre Hérode qui trempa la terre du sang des saints innocents et des larmes de leurs pères ou de leurs mères? Etait -il juste que la divine Providence laissât sans châtiment de si horribles cruautés? On peut poursuivre soi-même le parallèle et rapprocher des hommes les plus cruels qu'il y ait eu au monde, les hommes les plus saints, ceux dont la vie a été plus austère; toujours on verra que les premiers n'ont pas reçu sur la terre la récompense de leurs vertus, ni les seconds le châtiment de leur malice. Les choses étant ainsi, comment cette souveraine bonté qui gouverne le monde pourrait-elle tolérer un si grand désordre, s'il n'y avait une autre vie où ces inégalités cessent et où la justice se rétablit?