CHAPITRE XXX
De la pratique et des fruits de la foi.
Ce que nous avions à dire sur la foi étant fini, il sera bon de raisonner un peu sur ce qui précède et de descendre à la pratique, c'est-à-dire aux fruits que la foi produit. Il est constant d'après ce que nous avons déjà dit, et ce que nous dirons encore dans les deux parties suivantes, que notre foi est certaine et véritable, et par conséquent que tous ses articles et tout ce que Dieu nous a révélé dans les saintes Ecritures sont vrais comme
elle, et que la terre et le ciel passeront plutôt qu'un seul iota de son symbole.
Or un des principaux articles de notre foi nous enseigne que le Fils unique de Dieu est descendu du ciel sur la terre, qu'il a pris véritablement une chair humaine, qu'il conversa en ce monde avec les hommes, qu'il travailla au salut des hommes et à la gloire de son Père éternel ; qu'à la fin de sa vie il endura une des morts les plus ignominieuses et les plus douloureuses dont on puisse avoir l'idée, qu'avant de mourir il fut fouetté, couvert de crachats, souffleté, couronné d'épines, tourné en dérision, mis au-dessous de Barabbas, et enfin crucifié tout nu entre deux scélérats. La foi nous enseigne tous ces mystères.
Et maintenant, si vous me demandez la cause d'un si épouvantable châtiment, je vous dirai avec l'Apôtre « que le Sauveur souffrit toutes ces choses, afin de nous délivrer de nos péchés, et de créer dans le monde un peuple pur et fervent consacré au service de Dieu, et actif dans toutes les bonnes œuvres, » TU. ii, 14, ou, en d'autres termes, afin de rendre les hommes ennemis du péché et amis de la vertu. Les choses étant ainsi, peut- on rien imaginer de plus propre à exciter dans -le cœur des hommes la haine du vice et l'amour de la vertu que cette œuvre si extraordinaire ? Tous les bons livres qui ont été écrits et qui s'écriront jamais dans le monde se proposent ce double but; mais tous ensemble n'ont pas su flétrir le vice, ni découvrir l'importance de la vertu, comme le mystère de l'Incarnation et la passion du Fils de Dieu. Cela est si vrai que si le Seigneur notre Dieu avec sa toute-puissance et sa sagesse avait voulu par une œuvre éclatante déclarer aux hommes la dignité et l'excellence de la vertu, l'horreur et l'énormité du péché, ainsi que la haine qu'il en a, il n'aurait pu rien faire de mieux que de descendre du ciel sur la terre et de souffrir ce qu'il a souffert sur la croix dans ce but. Si un grand roi envoyait son fils à Rome pour y traiter avec le Pape quelque affaire importante, au risque de le voir tomber en mer entre les mains des corsaires, nous nous écrierions tous : « Elle est grande cette affaire pour laquelle il faut un tel ambassadeur et qu'on n'ose confier à aucun per-