CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXX
sonnage du royaume, alors surtout qu'on s'expose à de si grands périls. Qui sera donc assez aveugle pour ne pas reconnaître à cette marque, de quelle dignité et de quelle importance doit être l'affaire de la vertu, en voyant le Fils souverain de Dieu, naître sur la terre et mourir pour sanctifier les hommes et leur faire aimer la vertu ? Dieu avait souvent déclaré la grandeur de cette importante affaire par la bouche de ses prophètes et par la création, puisqu'il avait créé le monde pour le service de l'homme, et l'homme pour celui de son créateur ; mais que sont toutes ces manifestations divines ? une ombre, auprès de celle du Fils de Dieu venant en ce monde et mourant comme il est mort.
Que si, pour accréditer et pousser vigoureusement cette affaire, ce Seigneur souverain du ciel est descendu sur la terre, comment flétrir l'aveuglement de ceux qui, croyant à cette vérité, font si peu de cas de la mission du Sauveur ? Il y a en effet une foule de chrétiens indifférents et oublieux de leur foi, qui regardent ce devoir comme le dernier de leurs soins et la moindre de leurs affaires. Ah ! si cet ineffable mystère ne suffit pas pour les tirer de leur apathie profonde, qui est-ce qui aura cette puissance? Celui qu'un tel mystère ne peut pas émouvoir, par quoi sera-t-il ému? Celui qui demeure sourd à ces cris aigus, quelles voix pourra-t-il entendre ? Celui qui ne trouve pas là un remède à son insensibilité, d'où pourra-t-il l'attendre? Qui ne connaîtra enfin à la vue de ces mystères la laideur et la difformité du péché, et la haine incompréhensible que Dieu lui porte puisqu'il a consenti à voir son Fils mourir sur une croix afin d'y crucifier le péché et de l'arracher du monde? Telle est en effet l'injure faite à Dieu par le péché, que sa justice ne pouvait trouver une satisfaction suffisante à cet outrage que dans l'effusion du sang de son Fils unique.
S'il en est ainsi, comment ceux qui croient à cette vérité commettent-ils si facilement tant et de si grands péchés, sans scrupule, sans remords, comme s'il n'y avait en eux rien de répréhensible? D'où viennent cette indifférence pour Dieu et le mépris qu'on fait de lui et de tout ce qu'il a souffert pour nous faire connaître la haine qu'il porte au péché? On ne s'étonnerait pas
si un païen, qui n'a aucune connaissance de ce mystère, tenait cette conduite ; mais un chrétien qui sait, non plus par de vaines conjectures, mais par l'infaillible vérité de la foi, combien Dieu a le péché en horreur, comment peut-il sans crainte commettre tant de péchés , passer dans le crime la plus grande partie de sa vie, se lever et se coucher avec la conscience souillée, et n'éprouver de sa conduite aucun remords qui trouble son sommeil ou lui fasse trouver la vie à charge? C'est un mystère d'iniquité audessus de toute expression; il faut pleurer avec des larmes amères un endurcissement aussi profond, à l'exemple de tous ceux qui sont animés d'un grand zèle pour le salut des âmes , et en particulier de notre glorieux père saint Dominique, qui se sentait comme intérieurement consumé par un feu dévorant en voyant la perdition de tant d'àmes et la facilité avec laquelle elles commettaient tant de péchés. Que peuvent espérer ces coupables de la justice de Dieu quand ils paraîtront devant lui au dernier jour, chargés de tous les crimes qu'ils auront commis , puisqu'il ne pardonne même pas à son Fils unique les péchés des autres dont il s'est volontairement chargé? « Si on traite ainsi le bois vert, comme dit le Sauveur lui-même, comment traitera-t-on le bois sec? » Oh ! quel mauvais moment ne passeront pas à cette heure ceux qui ont offensé Dieu pendant toute leur vie ! Que répondront-ils à Dieu lorsqu'il leur demandera compte du sang de son Fils répandu pour effacer leurs crimes?
Des peines et des récompenses que la foi nous propose pour nous faire aimer la vertu et détester le vice.
Comme la plupart des hommes sont moins sensibles à la voix du devoir qu'à celle de l'intérêt, passons à un article de notre foi qui traite de cet intérêt. Cet article, d'après le symbole de saint Athanase, consiste à croire que les bons iront à la vie éternelle, et les méchants au feu éternel. C'est toujours, quoique par un motif différent, les mêmes choses qu'on nous propose : nous faire aimer la vertu par l'attrait de la récompense, nous faire haïr le vice par la crainte des châtiments. L'Apôtre nous dé-