‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 148 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXX

heureux de vivre, qu'encore que leur vie soit si fragile et si misérable , ils s'exposent , même dans l'incertitude de la conserver, à d'horribles souffrances. Et après cela, qui ne s'étonnerait de voir ce à quoi les hommes s'exposent pour une vie si rapide, si incertaine et si misérable , tandis qu'ils ne font rien pour cette vie éternelle, tranquille, heureuse, pleine de toutes les joies et de toutes les richesses que le cœur humain peut désirer? C'est une chose incompréhensible, qui déconcerte l'imagination et dépasse toute intelligence saine. Que ceux-là donc qui désirent se sauver et qui ont éprouvé en eux-mêmes ou vu souffrir par d'autres quelques-unes des douleurs dont je viens de parler ou d'autres plus ordinaires, comme la goutte, un point de côté, des maux de dents, se représentent combien il sera douloureux d'être en proie pendant toute l'éternité, c'est-à-dire pendant des millions de millions d'années, à une seule de ces souffrances, et comprennent par là avec quels soins empressés il faut éviter un si grand mal. Il est certain, en effet, qu'alors même que tout le supplice de l'enfer consisterait seulement en une piqûre d'épingle, si ce supplice devait ne jamais cesser, il suffirait pour remplir de terreur et de crainte tous ceux qui le considéreraient attentivement.

Mais là ne se bornent pas les peines des damnés. A la peine du sens il faut ajouter la peine du dam, autrement redoutable et terrible. Saint Chrysostome dit en en parlant, qu'encore que le feu de l'enfer soit intolérable, ce feu, fùt-il encore mille fois plus vif, ne serait rien en comparaison de l'affliction d'une âme privée de la gloire éternelle et condamnée à se voir haïe par le Christ et à entendre tomber de sa bouche sainte cette redoutable parole : Allez, je ne vous connais pas.

La pensée de l'éternité de leurs tourments ajoute encore aux peines des damnés. En considérant la durée des supplices auxquels ils sont condamnés, les damnés embrassent d'un seul coup d'œil l'éternité tout entière pendant laquelle ils doivent souffrir, sans terme, sans soulagement, sans déclin, sans changement, sans espoir de pardon, de pénitence, de miséricorde et de délivrance, toujours en proie à des tortures dont la rigueur doit

être à la fin ce qu'elle a été au commencement. A cette vue et au souvenir de la brièveté de ces plaisirs passés qu'ils expient maintenant dans des douleurs si atroces, ils ne peuvent s'empêcher de connaître combien peu d'efforts il leur aurait fallu pour échapper à leur affreuse destinée ; et alors, devant cette pensée qui ne les quitte pas, ils conçoivent contre eux-mêmes d'abord, et ensuite contre Celui qui les condamne à ces douleurs éternelles, une fureur, une rage et un mépris qui se traduisent par des blasphèmes contre le ciel, la terre et tous les saints. Voilà les cantiques et les psaumes qui résonneront éternellement dans ces infernales demeures. Quand même il n'y aurait dans ces lieux infortunés d'autre peine que celle de passer son temps à ces tristes occupations, ce serait assez, sans aucun doute, pour pénétrer les hommes d'une terreur salutaire et les empêcher de faire des œuvres qui leur mériteraient d'habiter toujours au milieu de ces horribles cantiques.

Or, en quoi consiste la pratique de la foi ? Nous l'avons déjà dit ; quand une vérité s'impose à notre esprit dans une formule courte et concise, l'homme qui veut mettre sa foi à l'œuvre, l'étudié et la développe, cherchant à pénétrer tout ce que cette parole si courte contient et renferme, afin d'en connaître le prix et la valeur, de mesurer par elle l'importance de l'affaire de notre salut, et de diriger à sa lumière tous les pas de la vie. La loi sans les œuvres est pour l'àme sans aucun avantage ; ceux qui ne lui font jamais franchir les limites de l'intelligence, ressemblent assez à ces malades qui gardent soigneusement dans un coin de leurs maisons les remèdes dont ils auraient besoin pour se guérir ; loin de servir à leur salut, elle est une source nouvelle de condamnation, ainsi que le dit le Sauveur en parlant du mauvais serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, ne la met pas en pratique. Luc. xn.

Tels sont les excellents fruits d'une foi vive, perfectionnée par l'amour et par les dons de l'Esprit-Saint. Ce traité qui finit, lu avec humilité de cœur et dévotion, aura puissamment servi, sans doute, à la faire connaître et la fortifier clans les âmes.

Cependant, qu'on ne l'ignore pas; vainement nous nous flatte-

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