CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE PREMIER
« J'ai dissipé ton iniquité comme un nuage; j'ai dispersé tes péchés comme la vapeur; reviens à moi, puisque je t'ai racheté. » Isa. xliv, 22.
Un second point que nous supposons démontré, c'est qu'encore que notre Seigneur pût relever l'homme déchu par une foule d'autres moyens, il n'y en avait aucun de plus excellent que la rédemption, aucun de plus convenable à la gloire de Dieu et au salut de l'homme, parce que seule la rédemption manifestait à un degré éminent les deux attributs qui brillent dans toutes les œuvres divines , la miséricorde et la justice; les contradictions qui semblent exister entre ces deux attributs n'étant qu'apparentes et n'en ayant pas empêché l'union parfaite dans ce grand et magnifique ouvrage.
En finissant ce préambule, je crois devoir fane une observation importante. Tout ce qui est écrit dans ce traité sur la grandeur de la bonté et de la charité du Sauveur, sur la rigueur des peines et des outrages qu'il endura pour nous racheter, tout cela n'a qu'un but : toucher nos cœurs, les tourner vers le Sauveur, exciter en eux des sentiments de compassion pour ses douleurs, de reconnaissance pour le bienfait souverain que nous tenons de lui, d'admiration pour son infinie bonté et sa charité sans bornes. Mais, qu'on le sache bien, nos efforts seraient tous inutiles et nous aurions vainement travaillé à exciter en nous ces affections saintes, si celui-là même qui est mort pour nous ne nous les donnait. Quoiqu'il soit mort pour tous, il ne donne pas à tous le sentiment de ce qu'il a souffert. Aussi, de même qu'en parlant des excellences de la foi, nous avons dit que tout ce qu'on pouvait dire d'elle ne suffisait pas pour l'enraciner en nous, la foi étant un don de Dieu, si nous ne demandions à notre Seigneur une lumière et une faveur particulières, de même ce n'est pas un don de Dieu moins spécial que de ressentir pour la passion sainte du Sauveur une tendre piété et une dévotion sincère. La lecture sèche de ce traité sera donc infructueuse si nous ne la fécondons par une prière humble et fervente, demandant à notre Seigneur de réaliser en nous ce qu'il nous a promis par son prophète Ezéchiel, c'est-à-dire « d'ôter de notre chair un cœur de
pierre et de nous donner un cœur de chair, » Ezech. xxxui, 26, afin de nous faire ressentir quelque chose de ce qu'il a souffert pour nous.