‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 155 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE , SECTION III ; CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE , SECTION III ; CHAPITRE II

corps mis en mouvement est la cause de tous les mouvements, altérations et générations, qui se produisent sur la terre; il y a, en effet, une telle dépendance entre les mouvements des cieux et tous les autres, que si les premiers étaient tout-à-coup suspendus, les autres s'arrêteraient en même temps, et le feu ne brûlerait même pas une étoupe placée auprès de lui. De même que, lorsque la première roue d'une horloge s'arrête, tout le mouvement de l'horloge est suspendu parce qu'il dépend tout entier de la roue principale ; de même, s'il était possible que le premier ciel arrêtât sa course, tous les autres mouvements dépendant de lui seraient tout-à-coup suspendus.

Tel est, nous l'avons dit, l'ordre suivi par notre Seigneur dans la création du monde surnaturel, c'est-à-dire de l'Eglise catholique. Notre Seigneur étant le Saint des saints, il a tracé et conçu en son entendement divin ce monde surnaturel, qui est une vaste réunion de tous les fidèles et surtout des justes innombrables qui ont vécu sur la terre, une république nouvelle, un royaume nouveau, « que le Fils de Dieu doit remettre aux mains de son Père à la fin du monde, lorsque le nombre des élus sera rempli. » 1 Cor. xv, 24. Cette société glorieuse, l'apôtre saint Jean la vit en esprit dans ses révélations, et il nous dit « qu'il aperçut une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue, qui se tenait debout devant le trône de Dieu, couverte de robes blanches, et portant des palmes dans les mains. » Apoc. vu, 9. C'est là ce monde surnaturel conçu par Dieu de toute éternité et créé par lui dans le temps , composé de tous les élus qui ont existé depuis l'origine du monde ou qui existeront jusqu'au dernier jour. C'est là ce monde surnaturel dont nous voulons parler, d'autant plus élevé au-dessus de l'autre monde que la fin à laquelle il se rapporte est plus excellente. Quelle est donc la fin du inonde naturel? Il se propose uniquement de conserver les choses dans leur nature propre. Mais la fin du inonde surnaturel, qu'elle est plus belle et plus magnifique! Elle ne tend à rien moins qu'à faire monter l'homme jusqu'à l'être surnaturel de la grâce, c'est-à-dire jusqu'à Dieu lui-même. Et comme Dieu produisit le premier

monde en six jours, il doit produire le second durant les six âges du monde qui s'achèveront au jour du dernier jugement.

Mais revenons sur ce qui précède. Dans le inonde naturel, le Créateur donna pour principe et pour cause de toutes les œuvres naturelles, le mouvement des premiers cieux et l'ange qui y préside. Il fallait donc dans l'ordre surnaturel un autre premier principe et un moteur suprême de toutes les œuvres surnaturelles, c'est-à-dire des œuvres vertueuses et saintes. Et pourquoi, s'il vous plaît, cet autre monde aurait-il manqué de gouverneur; ce nouveau royaume, de roi; ce corps mystique, de tète, qui répandit dans tous ses membres son influence surnaturelle? Il y a plus, ce second monde étant de beaucoup plus excellent que le premier, il convenait que son chef et son gouverneur fût aussi plus excellent et plus puissant. Voilà pourquoi sa dignité lui valut d'avoir pour roi, pour gouverneur et pour chef le Fils même de Dieu. Nul mieux que lui n'était propre à ce rôle magnifique ; qui aurait pu, en effet, répandre dans les membres innombrables de ce corps mystique l'esprit de grâce et de sainteté qui fait leur vie, sinon Celui qui était la vérité infinie, c'est-à-dire le Fils de Dieu? Dans la cité souveraine où Dieu habite avec ses élus, rien de souillé ne peut entrer, comme nous l'enseignent admirablement ces robes blanches dont saint Jean vit tous les saints revêtus ; et cependant peut-on ignorer que tous les hommes portent sur eux les traces d'une multitude de péchés, tant du péché originel que des péchés actuels? Qui donc effacera leurs crimes? Qui pourra par sa puissance laver toutes ces iniquités? Celui-là seul qui possède une puissance infinie, c'est-à-dire le Fils de Dieu.

Poursuivant toujours le parallélisme que nous avons dit exister entre les œuvres de la création et de la rédemption, j'ajoute que si dans la création nous avons pu donner comme cause de toutes les œuvres naturelles les mouvements des premiers cieux et l'intelligence qui les conduit, en s'en servant comme d'un instrument universel pour accomplir tous les phénomènes de son ordre, dans la rédemption nous affirmons que le Fils de Dieu est l'auteur et la cause efficiente de notre salut, et que son humanité sacrée, tenant la place des premiers cieux, est l'instrument

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