‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 157 sur 383 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la faiblesse et de la chute du genre humain.

En commençant à parler plus en détail de l'ineffable mystère de notre rédemption, il faut admettre qu'il a été le remède et la guérison de l'humanité dégénérée et déchue, et plus particulièrement du péché originel, qui avait vicié et corrompu la nature humaine. Or comme on ne connaît bien l'efficacité d'une médecine que par la gravité de la maladie , il faut d'abord bien faire connaître le mal, afin de mieux apprécier le remède. Aussi serat-il bon de prendre le mal à sa source et de l'étudier jusqu'en ses premiers principes.

Avant d'exposer cette doctrine et pour en avoir une intelligence

2fi0 INTRODUCTION AU SYMBOLE DE LA FOL

plus entière, souvenons-nous de l'immense bonté du Seigneur notre Dieu, qui est le principe de toutes ses œuvres, et surtout de celle-ci, appelée l'œuvre de Dieu par excellence. Comme c'est le propre de la bonté de se communiquer elle-même et de répandre tous ses biens, il s'ensuit qu'à la bonté souveraine, c'est-à-dire à la bonté divine, il faut une communication digne d'elle. Voilà pourquoi, non contente de donner à ses créatures l'être qu'elles possèdent et tout ce qui leur est nécessaire pour conserver cet être, sa munificence ajoute au don de tous les biens créés la communication des dons incréés, c'est-à-dire la participation à son bonheur et à sa gloire. Alors elle crée deux ordres de créatures d'une nature élevée, capables d'arriver à cette grande gloire, les unes purement spirituelles, qui sont les anges, les autres spirituelles et corporelles à la fois, c'est-à-dire les hommes ; ces derniers, quoique inférieurs aux anges par la condition de leur nature, leur ressemblent et sont leurs égaux par la dignité de la fin à laquelle ils sont destinés.

Mais laissons de côté les anges , dont nous n'avons pas à nous occuper ici, et ne parlons que de l'homme destiné par Dieu à la fin que nous venons de dire. Comme les œuvres de Dieu sont parfaites et ordonnées avec une sagesse souveraine, comme d'ailleurs il a destiné l'homme à une fin très-élevée, il l'a pourvu de toutes les perfections et de toutes les grâces que sa dignité réclame. C'est ainsi qu'il a mis en lui sa grâce, et, avec elle, les habitudes de toutes les vertus qui en découlent ; sa grâce, afin de rendre son âme agréable et belle à ses yeux ; la vertu , pour lui acquérir la facilité de produire de bonnes œuvres. Non content de cette générosité sublime, il la créa avec la justice originelle, cette couronne royale qui , en lui donnant l'empire sur tous les animaux, lui valut l'obéissance de tous ; qui soumit à ses ordres la mort et les infirmités qui l'accompagnent, qui le rendit maître de ses appétits et de ses désirs charnels, soumis à la volonté dans ce bienheureux état, comme lui sont soumis maintenant les membres qu'elle meut à son gré ; puis, quand il l'eut créé , il lui promit qu'en étant obéissant et fidèle, il jouirait, lui et ses descendants, de ces faveurs et des privilèges; il- le menaça, au con-

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