‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 160 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE III

saint Augustin : « Le genre humain trouva sa perte dans la chute de celui dont il devait descendre ; tel fut le premier homme, telle fut sa postérité; c'est une loi générale que les enfants suivent la condition de leurs pères; le fils de parents nobles est noble, celui de parents obscurs est obscur; la liberté et l'esclavage se transmettent avec le sang. » Avec la grâce, qui contenait nos inclinations et nos appétits, l'homme perdit un frein utile et puissant, et alors, la concupiscence, comme un coursier indomptable et rebelle, s'insurgea contre l'esprit pour le punir de ce qu'il n'avait pas voulu lui-même se soumettre à son Créateur.

Comment la doctrine du péché originel nous fait comprendre la nécessité de l'incarnation et de la passion du Sauveur.

La doctrine précédente sur le péché originel, et la corruption de la nature humaine qui en est la conséquence, ce sont le fondement sur lequel repose l'intelligence du mystère de l'incarnation du Fils de Dieu et le besoin indispensable que nous avions de ce remède. Remarquons d'abord que la divine Providence a employé deux sortes de remèdes dans la sanctification des hommes, suivant qu'ils ont vécu sous la loi de nature ou sous la loi écrite; sous la loi de nature, il avait imprimé dans les cœurs la connaissance du bien et du mal et il l'avait accompagnée d'une inspiration infaillible qui les portait à faire le bien et à éviter le mal. Il grava encore au plus profond de leur être un respect naturel et un amour sincère pour Dieu, semblable à l'amour et au respect que les fils portent à leurs pères. En dehors de cette inclination naturelle vivant au dedans de nous il en existe aussi une extérieure, le soleil, la lune, la beauté des étoiles, le mouvement des cieux, la variété des saisons, la succession des événements, toutes les créatures, enfin, nous disent à leur manière : C 'est Dieu qui m'a fait ; les animaux surtout, avec la perfection de leurs corps et les habiletés qu'ils ont reçues pour se conserver, nous excitent et nous portent à aimer Dieu et à le vénérer. Néanmoins on sait où arriva l'homme sous cette loi de nature. Il y eut bien quelques

justes et quelques saints, mais le déluge universel attesta bientôt combien était petit le nombre des bons et combien étaient nombreux les méchants.

Cependant Dieu vint au secours de l'homme coupable, et il chercha à lui donner dans la loi écrite un remède plus efficace que la loi naturelle. Voilà qu'il descend alors sur la cime du Sinaï pour y promulguer une loi écrite de sa main, et qu'il étonne les enfants d'Israël par la majesté et l'appareil de sa présence, parles châtiments dont il les menace, et les récompenses qu'il leur promet. Sous cette loi le nombre des justes s'accrut rapidement, mais les infidélités furent encore très-fréquentes, et les hommes de ce temps se laissèrent aller à tant de vices et à une si grande idolâtrie, que les dix tribus séparées et même les deux tribus fidèles expièrent, dans une dure captivité, l'oubli des lois du Seigneur.

On le voit donc clairement, malgré tous ses soins la divine Providence ne put l'emporter sur les mauvaises inclinations des hommes, et ses deux premiers remèdes demeurèrent sans succès. Ce mal avait sa racine et son principe dans le péché originel dont nous naissons tous coupables. Les ruines que le péché a faites en nous, les désordres qu'il a produits, non-seulement dans notre corps, mais dans notre àme, sont effrayants, et si nous voulions les expliquer, bien des livres ne nous suffiraient pas pour accomplir notre tâche. Laissons de côté une foule d'indices qui nous révèlent cette déchéance profonde, et contentons-nous d'en chercher un dans l'aspect général de l'univers. Jetons les yeux sur le monde et voyons le spectacle que nous donnent les hommes ; et ici je ne parle pas seulement des contrées infidèles, où les hommes vivent comme des brutes obéissant aux seuls appétits de la chair, mais aussi et surtout des villes et des terres chrétiennes où la foi est en honneur, où l'on croit aux sacrements et à une autre vie, où on adore un Dieu mort pour détruire le péché et l'arracher du inonde. Partout les méchants sont si nombreux qu'en chaque endroit on pourrait montrer du doigt ceux qui sont bons; le reste des hommes, tout attentif aux choses présentes, ne se soucie que de cette vie et des biens qui s'y rapportent ; au milieu des plai-

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