CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV
sirs de la chair il oublie son Dieu, le salut de son âme, et les choses de l'autre vie ; oubli lamentable qui a fait dire à Salomon « que le nombre des insensés était infini. » Eccle. i, 15.
Ce que nous venons de dire suffit pour nous faire comprendre combien grande et profonde a été cette plaie que le péché a faite au genre humain, et par conséquent combien devait être efficace et vif le remède capable de guérir un mal si universel, si ancien, si invétéré dans tous les sens et dans toutes les puissances de notre âme, et confirmé par les mauvais exemples de tout l'univers. Quand on aura considéré toutes ces choses, on ne sera plus porté à trouver étrange le mystère de l'incarnation et de la passion du Fils de Dieu, pas plus que la médecine spirituelle des sacrements ; à un mal si extraordinaire et si profond, Dieu, supposé qu'il voulût le guérir, devait appliquer un remède aussi extraordinaire ; car, malgré tout ce qu'il a fait, le mal n'a pas entièrement disparu.
Ni la lumière de la nature, ni celle de la loi écrite, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne suffisaient pour opérer ce prodige. Tout ce qu'elles pouvaient faire, c'était d'éclairer l'entendement en lui donnant la connaissauce du bien et du mal, et cette connaissance demeurait toujours stérile, car notre faiblesse était plutôt un désordre de la volonté, une révolte de nos appétits qu'un défaut de connaissance. Un remède qui s'appliquait uniquement à l'entendement ne pouvait donc guérir notre volonté rebelle ; le mystère de l'incarnation et de la passion du Sauveur, nous allons le voir bientôt, était le moyen le plus efficace et le plus sûr de réformer et de corriger notre nature.