‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 163 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV

de Dieu pour les crimes de tous les siècles passés, présents et futurs, tant pour les péchés actuels que pour la faute originelle. Ces fautes, il ne répugne pas, pour ce qui touche à l'espèce humaine, de les regarder comme infinies, bien plus, chaque péché mortel est d'une gravité infinie, parce qu'il offense une majesté infinie, et qu'il est constant qu'une offense est d'autant plus grande qu'elle s'adresse à une personne d'une dignité plus élevée.

Or qui pouvait satisfaire à la majesté d'un Dieu outragée par des fautes si nombreuses et si noires? L'homme ne pouvait en rigueur de justice offrir à Dieu une satisfaction suffisante pour un seul de ces péchés; comment les aurait-il expiés tous? Par de nombreux et noirs forfaits, l'homme avait encouru la disgrâce de Dieu ; il était devenu son ennemi, et, d'après le langage de l'Apôtre, a un enfant de colère. » Or Dieu n'accepte rien de la main de ses ennemis, ni services ni sacrifices, pas plus qu'il n'accepta celui de Caïn après sa faute.

Si l'homme ne pouvait pas satisfaire, les anges ne le pouvaient pas plus que lui, et cela pour beaucoup de raisons. Et d'abord il n'était pas convenable que la nature humaine ayant péché, sa faute fût réparée par la nature angélique. De plus, l'ange est une créature limitée et finie, et il est constitué dans une personnalité tout-à-fait étroite et particulière ; ces deux raisons l'empêchaient de satisfaire, en rigueur de justice, pour une dette universelle et mille fois infinie. D'ailleurs, Dieu pouvant satisfaire pour l'homme et le racheter, il n'y avait pas de raison qui put lui faire abandonner cette gloire et la céder à une créature. Comme c'est lui qui nous a donné tous nos biens, il a voulu que nous les lui dussions tous, afin de l'en aimer davantage. « Afin que notre amour ne fût pas partagé entre l'auteur de notre rédemption et de notre création, dit saint Augustin, le même Seigneur a voidu tout à la fois devenir et notre créateur et notre rédempteur. »

Nous venons donc de le voir, ni les hommes ni les anges n'étaient capables de décharger la nature humaine de sa dette. La dette étant infinie, il fallait pour la payer une satisfaction infinie, afin qu'il y eût quelque proportion entre la satisfaction et la dette ; sans cela, la rectitude et les lois de la justice étaient violées, car

elles réclamaient une puissance infinie. Mais où trouver ce pouvoir souverain? Les créatures ne le connaissent pas, et le Créateur ne peut ni satisfaire ni mériter, ces deux choses étant l'apanage d'une nature inférieure, comme celle de l'homme. Comment pourrez-vous, Seigneur, accorder les exigences de votre justice et le salut de l'humanité? Y aura-t-il nulle part un moyen de trancher cette difficulté? Où sera le remède, puisque le ciel et la terre, c'est-à-dire les anges et les hommes, ne peuvent le fournir ?

Ce remède, le voici : ce qui n'est pas possible aux créatures est possible au Créateur, dont rien ne limite la puissance, et c'est lui qui trouva le moyen de concilier ses droits avec les besoins des hommes. 0 prodige ineffable de sagesse, de miséricorde et de bonté? Le Yerbe divin s'unit à notre humanité dans une même personne, et cette imion communiqua à la nature humaine une puissance et une grâce infinies qui lui permirent de satisfaire pour la dette infinie que nous avions contractée. De cette sorte, une nature pouvant mériter et satisfaire, et l'autre nature élevant ces mérites et ces satisfactions à une hauteur infinie et parfaite, l'expiation de la faute fut pleine et entière, et la justice divine fut apaisée par la dignité infinie de la personne qui s'offrait. Mais si la justice fut parfaite dans cette union des deux natures, la miséricorde ne le fut pas moins; tous les mérites et toutes les satisfactions du Fils furent communiquées, par un pur effet de la grâce, à l'esclave et au serviteur, et ainsi, dans cette œuvre admirable, la miséricorde et la justice se trouvèrent unies à un degré de perfection suprême. Supposez tout autre moyen, et l'un ou l'autre de ces attributs divins est sacrifié. Si Dieu nous eût pardonné par pure grâce, nous aurions bien vu la grandeur de sa miséricorde; mais que serait devenue sa justice devant de si grands outrages restés sans châtiment? S'il nous eût frappés selon l'étendue de nos crimes, où donc aurait été sa miséricorde? Seule l'incarnation du Yerbe divin conciliait ces deux attributs, inséparables de toutes les œuvres de Dieu, car le Fils de Dieu lui-même s'y chargeait, dans son immense charité, de satisfaire à la justice en offrant au pécheur malheureux la main de sa mi-

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