‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 164 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV

séricorde. Dieu se trouva ainsi pleinement satisfait et parfaitement honoré, et l'homme amplement racheté au prix d'une rançon qu'il n'avait pas offerte.

Telle fut la miséricordieuse union de la nature divine et de la nature humaine dans la personne du Sauveur, qui put ainsi donner à son Père une satisfaction parfaite. L'homme, débiteur de la justice de Dieu, n'avait pas de quoi payer sa dette; Dieu pouvait bien la payer, mais il ne devait ni ne pouvait mériter, et alors Dieu s'est fait homme, et cet Homme-Dieu étant à la fois débiteur et créancier a eu la puissance de s'acquitter comme Dieu de ce qu'il devait comme homme. Voilà comment , de la même nature qui avait commis la faute sont sortis le remède et la médecine qui devaient la guérir ; voilà comment l'homme a été élevé à un degré d'honneur suprême , car si l'homme a péché , c'est aussi l'homme qui nous a rachetés.

Que la sagesse divine, en établissant dans le mystère de la Rédemption une proportion admirable entre la satisfaction et la faute, a repris son empire sur le démon par voie de justice.

Dans le remède choisi par Dieu pour racheter l'homme, brilla d'une manière admirable l'ordre de la sagesse et de la justice divines qui ont voulu que nos biens prissent leur source là où était le principe de nos maux, et que de même que le péché et la mort étaient venus dans le monde par la faute d'un seul, la justice et la vie y fussent introduites par la sainteté d'un autre. On ne voit pas pourquoi, en effet, la sainteté aurait été moins efficace pour sauver que le péché pour perdre , ou encore pourquoi le règne de la justice aurait été plus loin que celui de la miséricorde, et puisque la justice avait pu rendre responsable de la faute d'un seul un nombre incalculable d'hommes, la miséricorde devait être assez puissante pour en sauver un aussi grand nombre à cause de la sainteté d'un seul.

11 y a en effet d'admirables convenances qui font voir avec quelle grande justice le péché fut effacé et l'homme racheté. L'orgueil du premier homme, qui, n'étant qu'un pm* homme,

voulut usurper la ressemblance de Dieu, nous a tous perdus; l'humilité d'un autre homme, qui, étant véritablement Dieu, s'est abaissé jusqu'à prendre la nature humaine, nous a tous sauvés, au moins autant que cela était possible. 11 'n'y avait pas d'humilité plus directement opposée à cet orgueil que celle dont nous parlons. Il en fut ainsi de l'obéissance du Fils de Dieu opposée à la désobéissance de l'homme. Le premier homme avait désobéi à Dieu en violant des ordres que sa nature lui faisait un devoir de reconnaître, et sa désobéissance nous avait tous perdus; l'homme nouveau, c'est-à-dire le Verbe fait chair, exempt par nature de toute obéissance à la loi, s'y est soumis avec une résignation admirable, et son obéissance a été le principe de notre salut. «De même, dit l'Apôtre, que par la désobéissance d'un seul, plusieurs sont devenus pécheurs, de même par l'obéissance d'un seul, plusieurs deviendront justes. » Rom. vi, 9.

C'est ainsi que la divine sagesse a établi une proportion et une correspondance merveilleuses entre la satisfaction et la faute. Eusèbe Emissène décrit élégamment dans une homélie sur la Pâque ce dessein admirable de Dieu ; il y prête au Sauveur luimême ces paroles : « L'homme désobéissant a porté sur l'arbre défendu ses mains téméraires, étendons nos mains innocentes sur l'arbre de la croix. Un morceau de bois a été l'occasion de la première chute, il faut qu'un autre bois salutaire soit le moyen de la réparation. L'homme a péché en se laissant entraîner par les douceurs d'un fruit qu'il avait défense de manger ; sa faute doit être réparée avec le fiel et le vinaigre, (l'est l'orgueil qui a fait tomber l'homme , et le désir coupable qu'il avait d'usurper la ressemblance divine; que notre divinité s'humilie donc pour expier cet orgueil, et que la majesté de Dieu s'offre elle-même pour laver l'outrage commis contre celte majesté. L'homme enfin, coupable de péché, est passible de la mort, et il faut que cette dette soit payée ; c'est pourquoi nous nous unirons à la nature humaine , et nous offrirons notre mort en expiation de la sienne ; et pour que le démon perde sur son captif tous ses droits, il étendra ses mains criminelles sur l'arbre de la vie, et ainsi l'homme sera racheté à un double titre, par les mérites du

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