‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 165 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV

sang du Crucifié d'abord, et par la malice même du démon qui lui donne la vie. Notre passion deviendra donc la condamnation du démon et rendra à l'homme sa pleine liberté. » Ainsi s'exprime Eusèbe; dans ces paroles, parmi tant d'autres convenances, on remarque celle-ci , à savoir que l'homme a été délivré de la tyrannie du démon , non-seulement par la puissance du Christ, mais encore à titre de justice , et que si le démon avait usé de ruse pour vaincre l'homme , à son tour il avait été induit dans les pièges où il était tombé. Il convient de rappeler ici que de même que Dieu permit autrefois à l'homme de manger des fruits de tous les arbres du paradis, excepté d'un seul, de même il permit au démon de soumettre à son empire tous les hommes conçus dans le péché. Le péché étant l'unique cause de la puissance du démon, ceux-là devaient échapper à sa domination qui en étaient exempts. Mais le démon voyant le Christ sujet aux peines et à la mort qui sont la conséquence du péché, crut voir en lui un homme pécheur comme tous les autres, et lui donna la mort. Ce coup lui fut funeste, car en faisant mourir un homme auquel il lui était défendu de toucher, il mérita de perdre justement tout l'empire dont le crime de l'homme l'avait investi ; et en même temps l'homme captif fut délivré en toute justice de sa honteuse domination. Dans le livre de Job, Dieu nous a révélé ce mystère dans un langage digne de lui : « Peux-tu , avec un hameçon, y dit-il, enlever Léviathan, comme je le fais moimême?» Job. xl, 20. Ce Léviathan, qui était le plus grand poisson de la mer, est dans les saints Livres la figure du démon, que Dieu prend avec son hameçon puissant. Ce hameçon, qu'estil autre chose qu'un Dieu fait homme, dont l'appât est son humanité sainte sujette à toutes les peines de la vie mortelle qui sont la suite du péché, mais dont le croc de fer est la puissance de la divinité même, cachée sous les dehors de l'humanité. Quand le démon vit cette humanité sujette à tant de peines, il crut reconnaître dans cet homme ainsi tourmenté , un grand coupable, et par ses suppôts, il procura sa mort; insensé qui ne comprenait pas que sous cette nature mortelle résidait une nature immortelle, qu'en s'attaquant à elle, il se perdait lui-même, et qu'en

touchant à l'appât extérieur, il se prenait au hameçon qu'il recouvrait! Ainsi Dieu pêcha-t-il cette baleine monstrueuse qui voulait dévorer le monde, et arracha-t-il à son corps ce riche dépôt des saints patriarches, retenu sous son empire par une conséquence déplorable des péchés communs. Ainsi celui qui avait fait tomber l'homme sous ses pièges, tomba-t-il à son tour sous ceux de Jésus-Christ qui l'induisit en erreur, qui le vainquit et le terrassa.

Remarquons encore une autre convenance singulière, c'est que Dieu employa pour triompher du démon les armes mêmes du démon. Par le péché, le démon avait introduit dans le monde la souffrance et la mort. C'est par la souffrance et la mort que le Christ a triomphé de lui. Aussi l'Apôtre a-t-il pu dire « que le Fils de Dieu avait détruit le péché par le péché, » Rom. vm, 3; c'est-àdire qu'il nous a rachetés et qu'il nous a obtenu le pardon du péché en prenant sur lui les peines que le péché mérite. C'était couper la tête de Goliath par l'épée de Goliath lui-même.

Du profit et de la gloire que Dieu a donnés à l'homme par ce souveraiu

mystère.

Le moyen choisi par la sagesse de Dieu pour nous sauver, est si admirable que, de quelque côté qu'on l'envisage, on découvre en lui des convenances admirables et des bienfaits surprenants. Et d'abord c'est par lui que le Père éternel nous a donné un réconciliateur parfait et un médiateur fidèle qui établit entre l'homme coupable et Dieu irrité une paix aussi ferme que durable; c'est la condition du médiateur parfait, d'être également fidèle et agréable aux deux parties. Qui donc est plus fidèle que le Fils de Dieu? Il est fidèle et agréable à Dieu puisqu'il est véritablement Dieu ; il est fidèle et agréable aux hommes parce qu'il est véritablement homme; aussi est-ce lui qui fut choisi pour sceller entre Dieu et les hommes une paix indéfectible et une amitié éternelle, ce qui faisait dire à l'Apôtre que « le Père éternel nous a comblés par son Fils bien-aimé de toutes sortes de dons et nous a comptés au nombre de ses amis. » Ephes. i, 6.

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