‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 166 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV

Pouvions-nous trouver quelqu'un plus propre à nous conquérir cette amitié céleste, que cet ami souverain et fidèle? Qui pouvait nous rendre saints, si ce n'est ce Saint des saints? Qui pouvait nous rendre justes, si ce n'est Celui qui est la justice même? Qui pouvait nous couronner de beauté, sinon Celui qui est souverainement beau? Qui pouvait enfin nous élever à la dignité d'enfants adoptifs de Dieu, si ce n'est le Fils naturel de Dieu?

C'est encore par la rédemption que Dieu nous a donné un avocat et un grand prêtre toujours fidèle et toujours écouté en sa divine présence, et qui non-seulement nous obtînt le pardon de nos péchés, mais encore veillât toujours sur nos misères pour les guérir et sur nos nécessités pour les soulager , misères et nécessités si nombreuses en cette vie, qu'il serait plus juste d'appeler une mort lente qu'une véritable vie. Où trouver en effet un meilleur avocat et un prêtre plus puissant que le Fils de Dieu , présentant continuellement à son Père l'humanité sacrée qu'il a prise pour nous, et ses précieuses plaies qu'il a voulu supporter pour lui obéir. 0 prière puissante de celui qui ne cesse jamais de plaider et d'intercéder en notre faveur !

C'est toujours par le même mystère que l'homme, qui était descendu par le péché jusqu'à ressembler aux animaux dont il imitait les œuvres , fut comblé d'honneur et élevé en quelque sorte à la dignité des anges, puisque, d'après l'Apôtre, « le Fils de Dieu dédaigna la nature angélique pour s'unir la nature humaine. » Hebr. h, 9. Quand une femme pauvre épouse un roi puissant, l'honneur de l'union qu'elle contracte rejaillit sur tous ses parents ; de même l'union que le Roi du ciel voulut bien contracter avec la nature humaine d'une manière si étroite qu'il réunit deux natures en une seule personne, glorifia l'humanité tout entière, et les hommes élevés à un excès de dignité suprême ne pouvaient s'empêcher de dire avec le Prophète : « Seigneur, vous êtes notre gloire, c'est vous qui élevez ma tête. » Ps. m, 4.

Efficacité de la satisfaction de Jésus-Christ.

Il est temps cependant de comprendre l'efficacité de la satisfac-

tion du Sauveur, et d'augmenter en nos âmes, par cette étude sainte, l'espérance de la grâce et du pardon. Aux yeux de Dieu l'intention vaut mieux que les actes, et quand il s'agit d'agréer ou de récompenser nos bonnes œuvres, il tient plus de compte de la personne qui les fait, que des œuvres elles-mêmes. Abel était agréable au Seigneur, et voilà pourquoi le Seigneur regarda favorablement ses actions ; Caïn au contraire déplut au Seigneur, et le Seigneur ne regarda pas favorablement ses dons. Oh ! que le sacrifice de son Fils unique dût être agréable au Père éternel ! Quelle n'était pas en effet la grandeur de l'amour qu'il avait pour lui! Il l'aimait d'un amour infini : il l'aimait, comme il s'aime lui-même, car il voyait en lui sa propre substance et sa souveraine beauté. Ce Père aimait ce Fils plus qu'il ne détestait tous les péchés du monde, par conséquent le sacrifice de ce Fils bienaimé lui fut plus agréable que tous les péchés du monde ne lui avaient déplu, et il se trouva mieux servi et plus honoré de son culte qu'il n'avait été outragé par toutes nos fautes. La vie de notre miséricordieux Rédempteur avait une valeur plus grande que toutes les vies des enfants d'Adam, puisqu'elle était la vie d'un Dieu ; dès lors le sacrifice qu'il fit de cette vie sans égale, rendit plus de gloire à son Père que tous les hommes ne lui en avaient enlevé par leur infidélité .

Voilà comment ce miséricordieux Rédempteur a satisfait en général et en particulier pour toutes nos fautes, et, par cette rédemption abondante, renversé le mur de division qui séparait les hommes de Dieu, c'est-à-dire le péché. Voilà comment il a réconcilié les hommes et Dieu, en calmant la fureur et la colère que Dieu avait conçues contre nous. Nous lisons dans le livre de Jonas une figure saisissante de ce grand prodige. Quand on a jeté ce prophète à la mer, la fureur des flots irrités fut apaisée; image véritable de ce qui se passa lorsque notre vrai Jonas, en se précipitant dans l'océan de ses angoisses et de ses douleurs, apaisa la fureur de la colère et de l'indignation divines. Alors il put ouvrir à des voleurs les portes du ciel fermées depuis le commencement du monde aux plus saints d'entre les hommes. Luc. xxiii. Alors il envoya le Saint-Esprit dans la plénitude de

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