CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE IV
ses dons et de ses grâces et plus particulièrement avec le don des langues, afin que la connaissance de Dieu renfermée jusquelà dans les limites étroites de la Judée, se répandît jusqu'aux dernières limites de l'univers. Act. u. Alors le Sauveur put donner à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés pour lesquels il avait satisfait. Joan. xx. Alors il les envoya dans le monde entier pour y prêcher partout la bonne nouvelle et la grâce de l'Evangile, qui consiste, selon ce que nous apprend saint Chrysostome, dans le pardon des péchés, la satisfaction des peines qui leur étaient dues, la sanctification des hommes, la justice, la rédemption, l'adoption du Fils de Dieu, l'héritage du royaume du ciel, et la fraternité même du Fils de Dieu. L'Evangile en effet, avec tous ces dons, en contient une foule innombrable, et le Sauveur répandait ces bienfaits sur le monde entier, en ordonnant à ses apôtres de prêcher la bonne nouvelle à toute créature, aux Gentils comme aux Juifs.
Mais ici on m'arrêtera peut-être et on me demandera pourquoi Jésus-Christ ayant satisfait par son sacrifice pour la dette universelle du genre humain et nous ayant obtenu le pardon de .nos fautes, il y a encore tant de coupables qui ne sont pas pardonnes et qui persévèrent longtemps dans le crime ? Pourquoi ! Ah ! ce n'est pas qu'il manque rien à la satisfaction parfaite de Jésus- Christ; la faute en est tout entière à la mauvaise volonté de l'homme qui le retient dans le péché et qui l'empêche de se disposer au pardon de ses fautes ou même de vouloir le recevoir. Le soleil, en ce qui le concerne, répand sur le monde entier ses rayons bienfaisants; mais si je ferme toutes les ouvertures par où ces rayons pourraient arriver jusqu'à moi, est-ce à lui ou à moi que je dois reprocher les ténèbres où je suis plongé? On peut dire qu'il en est ainsi de la satisfaction de Jésus-Christ; elle est surabondante et elle suffirait pour racheter mille mondes ; il n'y a ici de coupable que ceux qui ne se disposent pas à la bien recevoir.
Remarquons, en effet, que c'est une règle vulgaire de philosophie que les causes universelles ne communiquent leur influence et leur vertu qu'au moyen d'autres causes particulières.
Le soleil fait naître toutes les plantes, mais que le laboureur ne sème ni orge ni froment, croyez-vous que l'une ou l'autre de ces plantes sortira de terre? Ainsi en est-il de la passion de notre Rédempteur ; elle est la cause universelle de tous les biens spirituels que Dieu a accordés ou qu'il accordera jamais, mais il faut ici l'intervention d'une cause particulière, et la grâce et le pardon que la passion de Jésus-Christ nous a obtenus , ne nous seront, accordés qu'autant que nous nous serons disposés à nous les appliquer.