‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 17 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION, CHAPITRE V

a besoin pour conserver sa vie, puisque c'est pour l'homme, ainsi que nous l'avons dit, que ce monde visible a été créé. Et en effet, quelle variété de mets le souverain Seigneur n'a-t-il pas fait pour l'homme? quelle richesse et quelle multiplicité dans les poissons qui peuplent la mer, dans les oiseaux qui habitent les plaines de l'air, dans les animaux qui vivent sur la terre? Que de fruits dans la nature! Chaque saison produit les siens : le printemps et l'hiver donnent chacun les leurs, comme si la providence voulait vaincre l'ingratitude humaine par l'abondance de ses dons ! Que d'espèces de légumes la terre produit avec une diversité qui n'est dépassée que par son abondance? Que de grains dans la campagne : le froment, l'orge, le seigle, le maïs et tant d'autres céréales, qui servent à faire le pain, notre plus indispensable soutien! Combien de sortes de vins enfin ne peut-on pas faire avec différentes substances, afin d'entretenir, d'augmenter même la vigueur de nos corps! Signalons, pour finir, la chasse et la vénerie, qui sont le soutien d'une foule de peuples, parce qu'ils se nourrissent de la viande des animaux et se font des habits de leurs fourrures.

Et comme nos corps sont sujets à de nombreuses infirmités, la nature a d'inépuisables ressources pour les guérir et les soulager. Que de plantes, que de racines propres à calmer nos douleurs! Combien de pierres qui dissipent la mélancolie et beaucoup d'autres humeurs ! Il y a des bois, venant des Indes, qui servent de remèdes à plusieurs maladies. Il y a des sources d'eau aux propriétés curatives : les unes guérissent de la goutte, les autres de la pierre ; celles-là rendent aux nerfs leur souplesse, celles-ci soulagent une foule d'autres maux. Comme un seigneur qui nourrit ses valets et qui les soigne dans leurs infirmités, le Créateur, qui est le père de famille de l'univers entier, tient toujours table ouverte pour nourrir ses enfants, de même qu'il a toujours en réserve quelque remède pour les guérir dans leurs maux.

Dieu, comme Créateur, pourvoit aux nécessités des hommes; comme un père amoureux, il prévient leurs désirs et cherche à les satisfaire.

Toutes ces précautions, Dieu les a prises pour le meilleur usage de l'homme et pour la plus grande utilité de l'univers. Néanmoins il n'a pas borné là ses attentions, et non content d'agir avec nous comme un maître avec ses serviteurs, il nous a traités comme un père traite ses enfants bien-aimés, les objets de ses plus vives tendresses. Sans doute qu'il nous donne d'abord les choses indispensables au maintien de notre vie ; mais sa bonté dépassant sa justice, il en crée encore une infinité d'autres pour flatter notre goût et contenter nos plaisirs, de telle sorte qu'il n'y a pas un de nos sens qui n'ait ses consolations et ses jouissances. En voulez-vous la preuve? Pour commencer par le plus excellent de tous, je veux dire par le sens de la vue, voyez que de fleurs de toutes couleurs et de toutes formes surgissent dans les champs les plus incultes et les moins travaillés ! On y trouve d'innombrables variétés de roses, d'œillets, de violettes odoriférantes, de jasmins, de lis, et de tant d'autres fleurs si belles et si bien faites que, selon la parole du Sauveur lui-même, « jamais Salomon dans sa gloire ne fut vêtu comme la dernière d'entre elles. » Mat th. vi, 29. Que dire encore de la fraîcheur des prairies, des bois touffus, des jardins fleuris, de la verdure des champs, de l'admirable beauté de quelques oiseaux et surtout de celle du paon, qui ravit d'admiration le premier peuple qui l'aperçut? Que due de l'éclat du ciel étoile par une- nuit sereine? Y a-t-il au monde un spectacle qui vaille celui-là? Y en a-t-il un qui nous fasse mieux comprendre la beauté et la puissance de l'artiste qui l'a fait?

S'il fallait parler du sens de l'ouïe, je trouverais la nature aussi riche et Dieu aussi bon. Quelle ravissante musique et quel doux concert ne nous donnent pas les rossignols, les canaris, les serins et tant d'autres chanteurs harmonieux des bois, chefs-d'œuvre de la puissance du Créateur, qui a voulu que d'un instrument aussi petit que leur gosier puissent sortir des torrents d'har-

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