CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION, CHAPITRE V
monie? Et par -dessus toutes ces merveilles, quelles richesses dans quelques voix humaines qui semblent être plutôt des voix d'anges que des voix de mortels? Le sens de l'odorat a été aussi magnifiquement traité. Et qui comptera tous les parfums, qui embaument le monde : le musc, l'algaliè, l'ambre, le benjoin et tant d'autres arbres odoriférants qui poussent dans les Indes orientales? Ajoutez à ces parfums déjà si riches, la suavité indicible de mille sortes de fleurs qui, après avoir charmé la vue par la beauté de leurs formes et l'éclat de leurs couleurs, réjouissent l'odorat par la bonne odeur qu'elles exhalent et par la liqueur embaumée qu'on obtient en les distillant. Nous avons déjà vu si Dieu avait moins bien traité le sens du goût ; pourquoi redire encore ces mets multipliés qu'il a donné à l'homme dans les fruits et les chairs des animaux qui sont quelquefois si suaves et si doux? Mais à ces premiers dons, et dans le même ordre, Dieu en a ajouté d'autres, comme sont les épices, les clous de girofle, la cannelle, le poivre et plusieurs drogues qui flattent le goût. Il nous a encore donné le sel, qui donne de la saveur aux aliments et les préserve de la corruption ; la canne à sucre, si utile et propre à tant d'usages ; le miel, cette liqueur inestimable dont nous tirons tant de profits. J'ai nommé le miel, et comment s'empêcher de remarquer ici, admirable merveille! que Dieu a confié le soin de le produire à de pauvres petits animaux, aux abeilles? L'ordre qui règne parmi elles, la sollicitude extrême avec laquelle elles construisent leurs ruches, pénètrent l'homme de la plus vive admiration pour la sagesse de Celui qui a rendu de si petits corps capables d'une œuvre si magnifique, que tous les efforts des hommes réunis ne sont jamais parvenus à l'imiter. Le sens du toucher n'a pas été non plus oublié par Dieu : c'est pour lui procurer de douces jouissances qu'il a créé d'autres animaux, un peu plus grands peut-être que les abeilles, mais aussi étonnants qu'elles dans leur travail et dans leurs œuvres, nés tout exprès pour tisser la soie qui devient la parure des princes et des seigneurs, aussi bien que l'ornement des temples et des autels. Dans toutes ces choses, la providence s'est proposé uniquement notre plaisir et le rassasiement de nos sens, mais le plaisir légi-
time seulement et non pas les réjouissances criminelles , car il appartenait à sa grandeur de placer en ce monde fcoul ce qui pourrait être utile à notre usage et aux besoins de notre vie.
Dieu a créé les animaux pour l'homme.
Etait-il bon qu'une créature aussi noble que l'homme vécût sur la terre sans serviteurs et sans esclaves? Dieu ne le peusa pas, et il créa alors tous les animaux, parmi lesquels les uns labourent la terre, comme le bœuf, les autres supportent et traînent d'énormes fardeaux, comme les chameaux, les mulets, les dromadaires et les éléphants, encore que ces derniers rendent de plus ■'■minents services. L'homme utilise pour des usages divers tous les animaux, chacun suivant ses aptitudes; il dompte ceux-ci et parvient, en les pliant à son usage, à se rendre les fatigues des voyages plus légères; ceux-là, et ici on reconnaît ces coursiers agiles, intrépides et pleins d'ardeur, lui sont à la guerre d'une incontestable utilité; il trouve enfin, dans les fruits des troupeaux. une nourriture agréable, en même temps qu'une ressource pour se couvrir et se vêtir.
Que dire encore de l'infinie variété des chiens et de l'instinct merveilleux dont la nature les a doués pour le plus grain] bien de l'homme? Le flair si subtil de quelques-uns de ces animaux, le courage et la joie avec lesquels quelques autres combattent pour leurs maîtres et s'exposent pour eux à de sérieux périls, fournissaient au philosophe romain l'occasion de prouver la providence de Dieu envers les hommes, car ce n'est qu'en leur faveur que ces aptitudes magnifiques leur ont été données. Le ri lissa,
plein de défiance pour les hommes, avait confié la garde et la défense de sa personne à de nombreux et magnifiques lévriers qui veillaient sur lui nuit et jour. Mais comme nous tuons de la ■liasse une partie de notre subsistance. Dieu ne l'a vaut pas institué dans un autre motif, il fallait que rien n'en rendit L'usage difficile, et c'est pourquoi il y a une variété innombrable de chiens appelés cbiens de chasse, précisément à cause des services éclatants qu'ils rendent à l'homme dans cet utile exercice. Les détails nous