‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 173 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VI

essence ; c'est une propriété naturelle de la bonté de se répandre et de se communiquer, et c'est pourquoi, de même que le soleil envoie hors de lui ses rayons, de même il se communique et se donne à ses créatures en leur faisant du bien. S'il en est ainsi l'homme doit comprendre combien de raison il a de se réjouir d'avoir un Seigneur, disposé, par sa nature même, à lui faire sans cesse du bien; il doit aussi s'unir au Prophète pour s'écrier avec lui : « Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur, et tressaillez d'allégresse; glorifiez-vous en lui vous tous qui avez le cœur droit. » Ps. xxxi, 11. Cette seconde remarque était nécessaire pour bien entendre la cause du bienfait inestimable de notre rédemption qui ne fut autre que cette même bonté.

Remarquons encore ici que de toutes les perfections divines celles qui éclatent avec le plus de force dans l'œuvre de la rédemption, sont la bonté, la charité et la miséricorde. Voilà pourquoi l'Ecriture sainte attribue indifféremment ce prodige divin à l'un ou à l'autre de ces attributs, la charité, la bonté et la miséricorde ayant entre elles une ressemblance telle qu'on peut à peine parler de l'une sans toucher à l'autre. Encore qu'en notre Seigneur ces perfections soient une seule et même chose, nos entendements trouvent des raisons formelles de les distinguer les unes des autres. A la bonté il appartient de se communiquer aux hommes et de les rendre bons, c'est-à-dire de leur donner la bonté qu'elle possède elle-même ; c'est le propre de la charité de souhaiter et de faire du bien à ceux qu'elle aime, de s'unir à eux et de ne plus faire avec eux qu'une même chose ; la miséricorde, enfin, compatit aux misères d'autrui et les partage pour les soulager. Le bienfait de notre rédemption étant si abondant et si fécond en biens de toute nature, renferme en lui-même toutes ces propriétés et une foule d'autres.

Comment la bonté de Dieu se manifeste dans l'œuvre de notre rédemption.

Ces premières notions établies, cherchons à comprendre de quel éclat la bonté de Dieu a brillé dans l'œuvre de notre rédemp-

tion. Nous avons dit que la bonté, par sa nature même, aimait à se communiquer à tous, et en ce qui regarde les hommes à les rendre bons et heureux. Nous avons dit encore que le degré le plus excellent de la bonté était de souffrir afin de rendre les autres bons, et que plus elle endurait de souffrances et de peines pour atteindre son but, plus elle se manifestait à nos yeux excellente et sublime. C'est ainsi que le Fils de Dieu, voulant nous rendre semblables à lui, c'est-à-dire bons et heureux comme lui, sentit qu'il n'avait pas de moyen plus efficace d'arriver à ses tins que de descendre du ciel sur la terre, de se revêtir de l'humanité, de souffrir enfin, dans sa chair sacrée, toutes les horreurs d'une passion douloureuse et d'une mort honteuse, parce que de cette passion devaient découler des fruits inestimables, parce qu'elle devait, tout en nous donnant l'exemple de toutes les vertus, nous encourager à les pratiquer, parce que, enfin, par les mérites de cette passion, de grandes richesses et des trésors de grâces nous étaient accordés. A la vue de ces précieux avantages, vaincu par la force de son amour et la vivacité de ses désirs, le Sauveur oublia les rigueurs de la charge qu'il prenait sur lui pour ne plus penser qu'à ce qui touchait notre salut. C'est alors que, pour nous découvrir clairement l'étendue de sa bonté, il s'offrit volontairement à la souffrance et même à la mort. Ah ! si le Sauveur put dire « que personne ne peut témoigner un plus grand amour qu'en donnant sa vie pour ses amis, » Joan. xv, 13, nous pouvons bien dire que la plus grande preuve de bonté qu'un homme puisse donner c'est de mourir pour rendre les autres bons, surtout lorsque sa mort est accompagnée de toute sorte de douleurs et d'outrages.

Il convient donc d'examiner maintenant la grandeur des travaux et des douleurs que le Fils de Dieu a supportés pour nous avec toutes les circonstances de sa passion sainte ; la dignité de la personne qui souffre, l'indignité de celle pour qui elle souffre, la cause et le mode de ses souffrances ; il ne faut rien négliger, parce que tout contribue à faire ressortir la grandeur de cette passion. Nous avons déjà traité ce même sujet au livre de la Prière et de la Méditation. Nous reviendrons rapidement sur ces

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