CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VI
alors que vous pouviez nous racheter par une foule d'autres moyens moins douloureux?
Oui, le Seigneur pouvait nous racheter autrement, mais de tous les moyens qu'il avait en son pouvoir, le plus efficace, le plus excellent était celui qu'il a choisi. Aucun autre ne nous encourageait plus fortement à toute sorte de vertu ; aucun n'allumait dans nos cœurs un amour plus vif envers notre Rédempteur; aucun ne glorifiait Dieu davantage ; aucun ne nous encourageait mieux à souffrir pour lui toute sorte de contradictions et de travaux ; aucun n'était plus propre à fortifier les martyrs dans les conquêtes de leurs supplices; aucun enfin ne renfermait en luimême tant d'avantages et ne produisait de plus grands fruits. Voilà pourquoi cette infinie bonté s'est offerte à tant d'épreuves et à tant de tourments. Ne cherchons pas dans les œuvres de Dieu d'autres causes et d'autres principes que sa bonté.
C'est ainsi que, sans aucun mérite de notre part, sans l'espérance d'aucun avantage de la sienne, Dieu voulut porter remède à nos maux et nous rendre son amitié et sa grâce ; mais, chose étonnante et qui dépasse toute admiration ! Dieu n'était porté à agir que par un motif de miséricorde, car tandis qu'il pouvait nous sauver d'une foule d'autres manières, puisqu'il était à la fois et partie offensée et juge dans la cause, il a choisi celle qui lui était la plus coûteuse afin de nous être plus utile et plus salutaire. Encore que la comparaison puisse sembler étrange, il est sûr que Dieu est bon plus que le démon n'est mauvais. Or si le démon ne cesse jamais de faire le mal, quoiqu'il n'acquière pour lui-même rien de ses œuvres et qu'il ne puisse pas espérer de voir ses peines soulagées, ne doit-on pas présumer de cette bonté infinie qu'autant qu'il est en elle, elle s'exerce toujours au bien, nonseulement sans en attendre le moindre intérêt, mais encore en donnant sa vie et en répandant son sang pour se montrer bienfaisant envers ceux qui sont si loin de le mériter? Qui peut faire cela, si ce n'est Dieu? D'où peut procéder une pareille bonté, si ce n'est des entrailles de sa miséricorde? Quel est l'homme assez dur pour ne pas s'échauffer au feu de cet amour ; assez ingrat pour n'être pas vaincu par l'immensité de ce bienfait? Que peut
INTROniT.TïON Al' SYMBOLE DR LA FOI.
aimer celui qui n'aime pas cette bonté? Quel bienfait réunirait-il celui qui n'est pas touché de ce bienfait? Qui sert-il donc celui qui refuse de s'incliner devant le Seigneur? Ainsi, en concluant, si vous me demandez la cause de l'œuvre admirable de la rédemption, je réponds qu'il n'y en a pas d'autres que la bonté de notre très-miséricordieux Rédempteur.
Où l'on déclare trois causes principales des grandes douleurs de Jésus-Christ
notre Seigneur.
Nous avons dit plus haut que la cause principale qui poussa notre Seigneur à nous racheter au prix de sa passion, ce furent les fruits inestimables que ce genre de remèdes nous devait procurer. Nous ne reviendrons pas sur ce qne nous avons dit. et nous nous contenterons d'indiquer rapidement trois de ces fruits les plus remarquables. Afin de bien entendre le premier, il faut savoir, comme le dit saint Maxime, que la vie chrétienne, si elle est conforme aux règles de l'Evangile, est une croix perpétuelle. Le Sauveur le déclare expressément quand il dit au peuple : « Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Marc, vin, 34. Il y a là trois conditions, toutes trois pleines de difficultés. Quoi de plus difficile que de se renoncer soi-même, c'est-à-dire, de contrarier ses appétits déréglés et ses volontés propres? N'est-il pas également pénible et de prendre sa croix, c'est-à-dire de mettre son sac au côté et de se préparer à tous les travaux de la vie vertueuse, et de suivre le Christ, qui ne marche jamais en ce monde dans des chemins de roses, mais qui va toujours dans les sentiers étroits et ardus de l'humilité et de la souffrance? Voilà comment on dit avec juste raison que la vie chrétienne est une croix continuelle.
La raison de cette vérité fondamentale c'est que la vie chrétienne est une vie vertueuse et que la vertu est hérissée de difficultés et de travaux. De même que c'est une propriété naturelle du feu d'avoir de la chaleur, de même l'idée de difficulté est annexée à l'idée de vertu, et là où la difficulté n'est pas, nous disons qu'il n'y a pas de vertu. J'imagine donc, quelque basse que cette coin-