‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 178 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VI

qui jettent dans l'admiration le ciel et la terre, les hommes, les anges et les démons. Le Sauveur, qui désirait vivement la gloire de son Père, et qui voyait combien était grande la gloire qui rejaillirait sur lui de la foi et du sang de ces fidèles et vaillants chevaliers, qui comprenait enfin combien l'exemple de sa passion serait propre à fortifier les martyrs au milieu de leurs luttes, voulut prendre les devants, le drapeau de la croix à la main, une royale couronne d'épines sur la tête, les épaules déchirées et ruisselantes du sang qu'il avait versé, les pieds et les mains percés enfin, afin de les encourager et de les soutenir.

Avis aux âmes dévotes.

On pourrait trouver étrange cet article du Symbole qui dit que Dieu a souffert, qu'il est mort et qu'il a été enseveli. Afin de prévenir le scandale que cette vérité pourrait faire naître dans les âmes, il ne faut pas oublier que le Seigneur notre Dieu, en tant que Dieu, n'a jamais souffert, puisqu'il est impassible, mais qu'en tant qu'homme vrai et parfait, il a pu et voulu souffrir. Si donc on dit qu'il a souffert, c'est parce qu'il s'est uni la nature humaine en une même personne divine, et parce que les œuvres s'attribuent toujours à la personne qui les fait, et que les deux natures du Sauveur sont unies dans la même personne divine, c'est à cette personne divine que les œuvres de l'une et de l'autre nature sont attribuées. Il faut se souvenir encore, pour n'être pas trop étonné des ignominies de la croix et de la passion, que le Seigneur est Dieu parfait et en même temps homme parfait comme les autres hommes ; et comme la plus grande gloire qu'un homme puisse jamais rêver est de mourir pour Dieu, à l'exemple des martyrs, il était juste que cette gloire ne fût pas ravie au chef et au seigneur des martyrs et au Saint des saints, puisque, étant véritablement homme, il pouvait par sa mort glorifier Dieu comme eux et même mieux qu'aucun d'entre eux. En souvenir de cette gloire, il voulut que les marques de sa passion fussent gravées dans ses pieds sacrés, dans ses mains et dans son côté. Quand donc nous voudrons concevoir en nos âmes une

grande admiration et un grand amour pour ce Seigneur, nous devons à chacune de ses souffrances et à tous ses outrages nous souvenir que celui qui souffre ainsi est Dieu, maître des deux et de la terre. Et quand le démon nous tentera en disant qu'il est indigne d'une si grande majesté de souffrir de si cruels supplices, n'oublions pas que celui qui souffrait était véritablement un homme parfait et le plus saint de tous les hommes, et que rien, ainsi que nous l'avons dit, ne pouvait empêcher le Saint des saints de se priver de la gloire ineffable de souffrir quelque chose pour Dieu.

Yoilà pourquoi il condamna son innocente mère à demeurer au pied de la croix pour y ressentir les plus vives douleurs qu'une créature puisse éprouver. Comme l'amour est cause de la douleur, et que cet amour fut le plus grand de tous les amours, sa douleur fut au-dessus de toutes les douleurs. Aussi les quatre plaies que le Fils ressentit dans son corps sacré, retentirent profondément dans l'âme de la Mère, et la cinquième, la lance, elle la ressentit seule, car son fils était mort. Chaque coup de marteau que les bourreaux frappaient pour enfoncer les clous dans les pieds et dans les mains du Fils, était comme un poignard qui perçait le cœur de la Mère, de telle sorte que les poignards qui traversèrent ce cœur si miséricordieux et si aimant furent aussi nombreux que les coups par lesquels les bourreaux enfonçaient les clous dans le corps du Fils.

Et afin que les âmes pieuses sentent un peu la grandeur de cette douleur, je chercherai à l'expliquer par un exemple. Il y a quelques jours, on décapita dans cette ville, par ordre de la justice, un jeune homme et on plaça sa tête dans un lieu public. Ce jeune homme avait une mère qui, vaincue par la vivacité de sa douleur, alla voir la tête de son enfant, et comme une mère désolée, poussa, devant elle, des cris de douleur et de désespoir. Cette femme revint ensuite chez elle, mais elle expira le même jour, impuissante qu'elle était à supporter l'étendue de son malheur. Telle fut la force de l'amour d'une mère pour son fils coupable. Mais l'amour de la très-sainte Vierge pour son Fils, quel ne dut-il pas être? Que l'âme chrétienne s'efforce de comprendre les an-

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