‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 19 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION, CHAPITRE VI

entraîneraient trop loin ; qu'il nous suffise de dire qu'on cite des prodiges extraordinaires et des témoignages touchants de la plus grande fidélité; tel est l'instinct qu'ils ont reçu du Créateur, qu'après l'éléphant, il n'est pas d'animaux qui se rapprochent davantage de l'intelligence et du discernement des hommes !

Mais comme l'homme eût été mal servi s'il n'avait pu compter que sur des animaux sans raison, la divine providence, qu'on ne prend jamais en défaut, le comprit, et elle soumit l'homme au service de l'homme! Il y a des hommes, en effet, ignorants et grossiers qui naissent, ce semble, tout exprès pour se soumettre et pour obéir, de même qu'il en est d'autres plus fiers, plus intelligents et plus courageux, qui sont plutôt faits pour exercer l'autorité et le commandement que pour les subir. L'autorité devant être le fait du petit nombre, ceux-là ne sont pas nombreux auxquels la nature donne un esprit élevé et un grand cœur ; la grande majorité des mortels naissent, au contraire, avec une intelligence et un cœur petits, parce que les nécessités de la vie humaine étant multiples , réclament le concours d'im plus grand nombre de serviteurs. S'il nous était permis d'user d'une comparaison assez exacte, nous comparerions volontiers les premiers aux pierres précieuses qu'on ne trouve que dans peu de contrées, et les seconds aux pierres ordinaires si communes et si généralement répandues. Quoi qu'il en soit, ces aptitudes diverses établissent entre les hommes une communauté d'intérêts profonde, car si les grands ont besoin du service des petits, les petits, à leur tour, ne sauraient se passer de l'autorité et du commandement des grands.

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