‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 181 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VII

lorsque nous étions pécheurs Jésus-Christ a daigné mourir pour nous malgré nos infidélités et nos crimes. » Rom. v, 7-9. Mais dans son épître aux Ephésiens. il s'appesantit davantage encore sur la grandeur de ce même bienfait , en considérant l'indignité de ceux auxquels il est accordé : « Pour vous, leur dit-il, qui étiez morts autrefois par vos péchés et par vos crimes, et marchiez selon les lois et l'esprit de ce monde et de son chef, c'està-dire du démon qui exerce maintenant son pouvoir sur les enfants de rébellion, parmi lesquels nous avons tous été autrefois dans les mêmes désordres, vivant selon les désirs de la chair et par notre nature enfants de colère comme le reste des hommes, c'est-à-dire ennemis de Dieu et condamnés à mourir, le Dieu riche en miséricorde, à cause du grand amour qu'il a pour nous, lorsque nous étions morts par nos péchés nous a rendus tous à la vie en Jésus-Christ par la grâce duquel nous avons été sauvés, il nous a ressuscites, il nous a fait monter au ciel avec lui, afin défaire connaître dans les siècles à venir les richesses abondantes de sa grâce, par la bonté qu'il a eue pour nous en Jésus-Christ. » Eph. n, 1-7. Dans ces paroles, nous voyons réunies les trois perfections divines dont nous avons parlé, la miséricorde, la charité et la bonté. Elles agirent de concert pour déterminer la très-sainte Trinité à donner ces faveurs et à accorder ce bienfait souverain à des hommes qui, non-seulement ne les méritaient pas, mais qui les déméritaient au contraire par la multitude de leurs péchés. Oh ! que les hommes doivent se sentir portés à aimer ce Seigneur magnifique, qui, sans tenir compte de leurs infidélités, et prévint ses ennemis de sa miséricorde et résolut de se montrer avec eux aussi généreux que possible. Ces prévenances divines ont fourni à saint Jean l'occasion de nous exhorter à aimer notre Rédempteur « parce qu'il nous avait aimés le premier, » I Joan. iv, 16, en arrêtant notre rédemption quand nous étions à jamais perdus ; car, enfants de colère que nous étions, nous ne pouvions aimer Dieu d'une manière méritoire, s'il ne nous donnait auparavant les facultés de l'aimer par la grâce de la rédemption. C'est ce que Dieu nous apprend par la bouche du même saint Jean en des termes admirables et divins : « Dieu a tellement aimé le monde,

qu'il a donné son Fils unique pour lui. » Joan. ni, 10. Or, donner son Fils unique, ce fut pour Dieu le livrer aux plus affreux tourments imaginables. S'il eût dit seulement qu'il l'avait donné comme roi, comme maître, comme exemple et modèle de toute vertu, ce qu'il a réellement fait, notre admiration serait moins vive, parce qu'il est naturel à cette bonté souveraine de faire du bien et de se communiquer à ses créatures; mais il dit plus, et en donnant son Fils il l'exposa et l'abandonna à toutes les douleurs et à tous les outrages. Yoilà ce qui surprend toutes les intelligences capables d'approfondir la grandeur de ce bienfait. Si le Père éternel consent à donner son Fils unique, c'est qu'il savait parfaitement les grands et inestimables biens qu'en recevraient les hommes. Il nous aimait tant, il désirait si fort notre bonheur qu'il ne jugea pas faire trop de l'acheter par le sang et par la mort de son Fils.

Notre admiration trouve un aliment nouveau dans la considération de l'état de l'homme, et de la condition où il se trouvait quand il daigna venir à son secours. Voyez, pour le comprendre, la multitude de péchés qui souillaient le monde, avant qu'il eûl participé à la rédemption du Christ ; l'apôtre saint Paul, dans le premier chapitre de son épître aux Romains, en fait comme le recensement, et il y cite tous les vices et toutes les abominations dont l'intelligence humaine peut avoir* l'idée. Privés de la grâce de la rédemption et abandonnés aux mains de leur libre arbitre, les hommes ne se contentèrent pas de tomber dans tous les vices de leur nature, ils en vinrent encore à marcher sur les traces des animaux féroces et à imiter leurs mauvais instincts ; on les voyait pleins de malice comme les serpents, venimeux comme les vipères, cruels comme des tigres, fiers comme des lions, sauvages comme des loups, et par-dessus tout envieux et superbes comme les démons eux-mêmes. Oh ! que la charité de notre Dieu éclate d'une manière admirable dans le bienfait qu'il nous accorde ! Lui, qui est par nature l'ennemi des méchants et de leur malice, se décide, pour les secourir, à livrer son Fils unique à la mort. Qui pourrait retenir son étonnement à la vue d'une bonté si généreuse et si magnifique? Qui n'admirerait un amour si

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