CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VIF
profond? Tandis que les hommes méritaient par leurs crimes mille fois l'enfer, le Fils de Dieu, envoyé par son Père, descend sur la terre, et, au prix de son sang, leur acquiert le royaume des deux.
De l'amour de Dieu subséquent, qui produit tous les saints qui ont paru ou qui paraîtront encore dans l'Eglise.
Parlons maintenant de l'amour que nous avons appelé subséquent, et qui a rapport, à la beauté des âmes rachetées, sanctifiées , et devenues les temples vivants de l'Esprit-Saint. L'amour de ce divin Esprit pour les âmes est quelque chose d'inconcevable, et l'Apôtre en en parlant dit « qu'il dépasse toute connaissance. » Ephes. m, 19. Parmi ces âmes sont comprises celles de tous les justes qu'il y a eu depuis le commencement du monde et qu'il y aura jusqu'à la fin, et qui sont plus nombreuses que les étoiles du ciel.
Dès le moment de sa conception, le Christ vit cette ligne glorieuse d'âmes saintes aussi distinctement que s'il les eût aperçues des yeux du corps. Il vit tous les Pères de l'ancien Testament, les patriarches, les prophètes, les rois et les cent quarante-quatre mille élus que saint Jean compta dans toutes les tribus d'Israël. Apoc. vit. Il vit aussi tous les saints du nouveau Testament; il vit d'abord le glorieux sénat des apôtres et des hommes apostoliques qui répandirent la foi ; il vit la brillante et innombrable armée des martyrs de tous les temps, hommes et femmes, vieillards et enfants, portant sur leurs corps les blessures et les marques glorieuses de leurs martyres et de leurs triomphes ; il vit les saints docteurs qui, par la lumière de leur doctrine et l'exemple de leur vie, apaisaient sa colère et consolaient son humilité ; il vit la pureté des autres saints confesseurs qui brillaient comme d'étincelantes étoiles au ciel de son Eglise; il vit parmi ces derniers l'éminente sainteté de tant d'illustres religieux qui, morts au monde, respiraient seulement pour Dieu, passaient les jours et les nuits dans la contemplation des choses célestes et vivaient dans la chair, comme s'ils n'en avaient pas ; il vit des milliers
de religieux de divers ordres qui sacrifiaient à Dieu leur volonté en vivant sous le joug assuré de l'obéissance ; il vit lès chœurs de ces vierges innombrables qui, après avoir renoncé à toutes les délices et à toutes les séductions du monde, consacraient leurs corps et leurs âmes au divin Epoux ; il vit enfin ces femmes qui honorèrent leur viduité par une vie honnête, la chaste Judith , Anne la prophétesse de l'Evangile, et tant d'autres, qui domptaient leur chair par le jeune et la prière, et s'élevaient à la pureté des vierges, en offrant à leur Créateur la perte de leur vie... 11 y avait aussi dans ces phalanges d'élus une foule de saints maris, qui, selon la doctrine de l'Apôtre, « ayant des femmes étaient comme s'ils n'en avaient point, et qui usaient des choses de ce monde comme s'ils n'en usaient point. » I Cor. vu, 29, 30. Dans ce nombre étaient le roi David, le patriarche Abraham, Isaac et Jacob, saint Louis, roi de France, saint Edouard, roi d'Angleterre, tout à la fois époux et vierge, et une foule d'autres. Toute cette glorieuse compagnie, le Sauveur' l'aperçut en esprit comme si elle eût été présente devant ses yeux ; et il aperçut avec la même clarté la ^diversité des grâces, des vertus et des dons de l'Esprit-Saint auxquels les mérites de sa passion donnaient dans ces saints un vif éclat et une grande splendeur.
Où l'on explique plus en détail la grandeur de l'amour que Jésus-Christ porte aux aines saintes.
Quelle joie pour le Sauveur dans ce glorieux et magnifique spectacle? Quel bonheur ne doit-il pas éprouver de voir ce grand nombre d'àmes embellies par l'abondance des dons et des grâces que les mérites de sa sainte passion devaient leur obtenir ! Saint Chrysostome nous apprend qu'il n'y a pas d'homme sur la terre, si amoureux qu'il puisse être d'une créature, et son amour allàt-il jusqu'à la folie, qui puisse l'aimer autant que le Christ aime une âme pure et humble, morte au monde et ne vivant ({Lie pour Dieu. Si le Seigneur porte à une seule âme cel excès d'amour, combien plus ne se sentira-t-il pas poussé à aimer tant de millions d'àmes saintes et parfaites en tout genre de vertu