‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 183 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE VII

et de sainteté ! Quand Dieu créait au commencement du monde chaque chose en particulier, il disait que son œuvre était bonne ; mais quand il eut terminé l'œuvre de la création, et qu'il vit réunis sous ses yeux tous ses ouvrages, il ne se contenta pas de dire que la création était bonne, il ajouta encore qu'elle était très-bonne. Si donc Jésus-Christ a tant d'amour pour une seule âme juste, quel amour n'aura-t-il pas pour un si grand nombre d'àmes saintes et pures? Cet amour n'augmentera-t-il pas en proportion de la multitude même des âmes sur lesquelles il se porte, et dès lors, avec quelle résignation et quel cœur n'offrira-t-il pas sa vie, et n'offrirait-il pas, s'il le pouvait, mille vies pour la sanctification et la restauration d'un si grand nombre d'àmes?

Les auteurs païens prennent plaisir à décrire la beauté de la reine Hélène, celle-là même par qui Troie fut perdue, et ils nous apprennent que les princes Troyens et le roi Priam lui-même n'estimaient pas indigne d'eux de soutenir une guerre longue et acharnée contre les Grecs à cause de la beauté de cette reine. Cet exemple, tout profane qu'il est, peut nous expliquer pourquoi les docteurs de l'Eglise ne jugent pas indigne de cette souveraine grandeur de souffrir et de mourir pour sauver les âmes et les rendre belles, et pourquoi surtout cette majesté royale daigna souffrir pour la beauté de son Eglise, non pas à cause de la beauté qu'elle avait en elle-même, mais à cause de celle qu'il devait lui acquérir par son sang.

Mais comme ces amours charnels sont trop vils pour nous faire comprendre la grandeur de la charité de Jésus-Christ, en voici un plus noble que nous fournit la charité de saint Paul. L'Apôtre fit donc un serment solennel en disant « qu'il voudrait que Jésus- Christ le rendit anathème, c'est-à-dire qu'il le privât des richesses dont il espérait jouir en lui, pour que ses proches et ses frères juifs se convertissent à la foi et fussent sauvés. » Rom. ix, 3. Si la charité de saint Paul arrivait jusque-là, où pensons-nous qu'arrivera la charité de Jésus-Christ pour ses élus, puisque la charité du Christ surpasse autant la charité de Paul que la clarté du soleil surpasse celle de la lune? La raison de l'amour qu'il leur porte, c'est qu'il voit en eux le fruit de sa passion et son

propre esprit; aussi les aime-t-il comme le premier homme aimait la première femme. Dieu révéla à Adam qu'il avait formé Eve de sa propre substance, et alors Adam l'aima comme lui-même et comme une chose qui lui était propre. « C'est ainsi, dit l'Apôtre, que le Christ aime l'Eglise son épouse; il la voit remplie de son même esprit qui lui donne l'être spirituel dont elle jouit, et dès lors l'aime comme une partie de lui-même, sortie de son côté sacré. Il l'aime encore comme le chef aime ses membres, qui vivent de son esprit et de sa grâce. 11 l'aime comme un père aime les enfants auxquels il a donné tout l'être qu'ils possèdent; que dis-je, non-seulement il l'aime comme un père, mais encore comme une mère, qui s'attache d'autant plus à ses fils qu'elle les a engendrés avec douleur et au péril de sa vie; car, ne l'oublions pas, notre Seigneur a raison de nous aimer ainsi puisqu'il nous a engendrés lui aussi sur le lit de la croix au prix des plus vives douleurs. » Oh! qu'il peut bien dire au peuple chrétien ce que Rachel disait après qu'elle eut mis au joui' son fils Benjamin, dont la naissance lui donna la mort, et « qu'elle nomma pour cette raison du nom de Benoni, c'est-à-dire, fils de ma douleur. » Gen. xxxv, 18. Avec combien plus de raison, en elfet, le Sauveur peut-il appeler chaque fidèle, enfant de ma douleur, lui qui leur a mérité à tous, au prix de sa passion, la dignité de Fils de Dieu? Il est donc vrai, tous les motifs d'aniour existent entre Jésus- Christ notre Seigneur et ses serviteurs fidèles. Le Christ, en effet, aime ses fidèles comme un père et uue mère aiment leurs enfants, comme la tète aime les membres, comme l'époux aime l'épouse ? Car l'Eglise n'est-elle pas une épouse sortie de son côté quand il dormait sur la croix le sommeil de la mort, et à laquelle il s'est uni dans ce moment solennel et sacré? C'est donc à nous, vils vermisseaux, de comprendre par quel excès d'amour nous devons correspondre aux sentiments d'un ami si noble et si fidèle.

Causes et etïets du srand amour de Jésus-Christ pour nous.

Cherchons à connaître maintenant les effets produits par l'amour de Jésus-Christ. Le premier de tous, nous l'avons déjà signalé,

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