CHAPITRE VI
De la providence que Dieu exerce sur les choses humaines.
Ce qui précède publie hautement la providence du Créateur sur les choses humaines. Malgré cela, cependant, il s'est rencontré des philosophes assez dépourvus de raison qui , tout en reconnaissant les soins que la providence de Dieu avait donnés aux
animaux, ont osé nier qu'elle se lut exercée sur les hommes à cause des désordres qu'ils rencontraient en eux, du triomphe des méchants, de la défaite des bons et d'autres raisons pareilles. Outre que c'est un excès de folie inconcevable de prétendre que Dieu prend un soin attentif des animaux et qu'il ne se préoccupe nullement de l'homme, pour lequel tous les animaux ont été faits, leur erreur devient manifeste pour peu qu'on observe avec quelle attention délicate Dieu a tenu à ne pas laisser un seul des sens de l'homme sans des plaisirs spéciaux , comme on peut s'en convaincre d'après ce qui vient d'être exposé. Mais en veut-on une preuve plus frappante ? Qu'on observe tout ce que Dieu a fait pour l'homme et pour l'homme seul. Cicéron ne voulait pas d'autres preuves de la providence de Dieu. Il en trouvait un argument irréfutable dans l'instinct des chiens pour découvrir et poursuivre le gibier à la chasse, et dans leur fidélité à défendre leurs maîtres. Mais même, à part ces choses, il y en a d'autres dont les animaux ne tirent aucun profit, et qui sont faites exclusivement dans l'intérêt de l'homme, comme sont, par exemple, la beauté des fleurs, et plus particulièrement celle, des roses, des œillets, des violettes et de beaucoup d'autres, dont les parfums, très-indifférents aux animaux, réjouissent et consolent les sens de l'homme. Que dire encore des pierres el des perles précieuses , dos rubis, des émeraudes, des esearboucles, des diamants el d'autres objets rares qui sont l'ornement de la vie humaine? Que dire de tant de plantes aromatiques et odoriférantes . comme l'ambre , le musc, etc.? Qu'ont à voir les animaux dans toutes ces choses? Que dire de toutes ces épiées, clous de girofle, pimenl et autres, uniquement destinées à flatter le goût de l'homme? Que dire des eaux thermales si abondantes, de tant d'herbes ou racines médicinales ayant chacune des propriétés distinctes; de la rhubarbe qui apaise la colère, de l'agaric qui excite l'indolence, de mille plantes enfin produisant toutes leur effet, comme nous l'avons exposé plus haut? Ajoute/, à tous ces présents du Ciel celui des minéraux : l'acier, le cuivre, létaiu , le plomb, le mercure, l'or et l'argent d'un si utile usage dans le commerce, le fer dont on se sert pour labourer la terre. Est-ce que la soude, cette plante