CHAPITRE XII
Comment dans la passion et dans l'incarnation du Sauveur la sagesse divine a brillé d'un singulier éclat.
Si, dans la passion du Sauveur, Dieu nous a montré toutes les perfections dont nous venons de parler, il n'y a pas fait moins resplendir sa sagesse, et nous pouvons bien nous en convaincre
en voyant le moyen si convenable qu'il a choisi pour nous sauver. C'est le propre de la sagesse de choisir toujours les moyens les plus propres à obtenir la fin qu'elle a en vue, et plus il sera facile d'arriver à cette fin, plus le moyen employé sera excellent. Il suit de là que les moyens employés par la sagesse divine pour nous sauver, c'est-à-dire l'incarnation et la passion du Sauveur, fussent les plus convenables possibles, à cause des ressources innombrables qu'ils renferment pour nous faire obtenir la lin si désirée de notre réparation.
Saint Augustin nous enseigne la douceur et les charmes pieux de cette matière quand il nous dit que depuis son baptême il ne passait pas un jour sans considérer avec une merveilleuse douceur la hauteur du conseil divin sur le salut du genre humain, c'est-à-dire l'excellence et la convenance du mystère de l'Incarnation pour nous racheter.
Il y avait, en effet, un rapport admirable et une convenance parfaite entre le remède et notre faiblesse. La cause et la source de cette faiblesse, la désobéissance et l'orgueil de l'homme coupable, qui voulut devenir semblable à Dieu; ce mal devait être réparé par l'humilité et l'obéissance d'un autre homme, aussi saint que le premier avait été pécheur, qui réparât par son humilité et son obéissance les ravages que l'ancienne désobéissance avait faits. Cette convenance est le fondement de cette doctrine, et elle est exposée plus au long au paragraphe premier du quatrième chapitre de ce troisième traité.
Cette doctrine étant admise, signalons d'autres convenances de ce mystère. Il convenait d'abord à la gloire et à l'exaltation de l'homme déchu, car si un homme était tombé et avait été par sa chute la cause de notre condamnation, c'était un autre homme, de la même nature que le premier qui y devenait le principe de notre réconciliation et de notre bonheur. L'Apôtre entend exprimer cette vérité quand il dit « que celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés viennent d'un seul père, » qui est Adam. Hebr. n, 13. Quelle convenance plus parfaite que celle-là? Puisque c'était des hommes et des fils d'Adam qui avaient besoin d'être sanctifiés, ne convenait-il pas aussi que le sanctificateur, c'est-à-dire le