‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 196 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XII

Christ notre Sauveur, fût un homme, issu de la même origine, et qu'ainsi la même nature qui avait péché portât en elle le remède et la guérison de sa faute ?

Il convenait encore que, puisque le genre humain avait trouvé dans un arbre le principe de sa chute, un autre arbre devînt la cause de notre rédemption. Le démon avait vaincu par un arbre, il fallait qu'il fût vaincu par un autre arbre; il avait séduit l'homme par l'orgueil d'une femme, l'homme devait être sauvé par le fruit virginal d'une autre femme; il était arrivé à ses fins par la ruse et le mensonge, c'était son tour d'être trompé, et voici qu'en effet il croit voir dans le Christ., mortel et souffrant, un grand pécheur, et qu'il fait mettre à mort, comme s'il était son sujet et sa proie ; mais son erreur lui fut fatale, et, en abusant de son pouvoir pour frapper le juste qui devait échapper à ses coups, il perdit les dépouilles de ses victoires passées qu'il gardait encore dans son royaume, je veux parler des saints Pères et de tous les membres vivants de Jésus-Christ.

Ce mystère convenait aussi à la perfection de la victoire du Christ. C'est une belle victoire que celle qu'on remporte sur son ennemi en se servant de ses propres armes. Or telle fut la victoire de Jésus-Christ sur le démon. Le démon avait introduit le péché dans le monde, et par le péché la mort ; c'est par la mort elle-même que Jésus-Christ a détruit le péché, semblable à celui qui met le feu àrun arbre avec les branches de cet arbre, ou à cet homme héroïque qui coupa la tête du géant Goliath avec l'épée de Goliath lui-même. I Reg. xvu.

Il convenait encore à la manifestation des attributs de Dieu dans cette œuvre, qui s'appelle l'œuvre de Dieu par excellence, car les deux vertus et les deux perfections qui marchent toujours de pair dans les œuvres divines, la miséricorde et la justice, ont brillé dans ce mystère d'un éclat souverain; la justice frappait le Fils, la miséricorde sauvait l'esclave.

Il convenait encore à notre utilité personnelle, afin que nous pussions avoir un modèle achevé de toutes les vertus et plus particulièrement un modèle de charité, d'humilité, de patience, d'obéissance, d'espérance, de douceur, de pauvreté évangélique

et de mortification. Où donc aurions-nous pu en trouver un modèle plus parlait et plus achevé qu'en la vie et la passion du Sauveur, où toutes les vertus brillent d'un plus vif éclat que les étoiles au firmament? Les exemples de notre Seigneur sont bien plus parfaits que ceux des saints ; les saints après tout sont des créatures, et il n'est pas si étonnant de les voir pauvres, humbles, souffrants ; leur nature admet ces humiliations. Mais le Christ est créateur, et l'on s'attendrit en voyant ce Seigneur souverain, que les anges adorent, pratiquer ces mêmes vertus. Quel est le cœur assez froid pour ne pas se sentir embrasé d'une reconnaissance éternelle devant ce bienfait de notre Sauveur et devant cette œuvre inimitable de son amour ! Quel est l'orgueil qui résisterait au langage touchant de l'humilité de notre Dieu dans sa passion? Quelle est la convoitise qui ne s'éteindrait pas en le voyant mourir tout nu sur mie croix? Quelle est la volupté qui verrait sans frémir et sans rendre les armes le Fils de Dieu abreuvé de fiel et de vinaigre? Qui chercherait mie couche molle et sensuelle quand Dieu a voulu reposer sur une croix? Qui serait impatient dans les injures en contemplant Jésus-Christ maltraité et outragé ? Ils sont donc bien efficaces sur nous, ces exemples du Christ souffrant, et bien propres à toucher nos cœurs et à les tourner vers Dieu !

' Mais il y a plus : non-seulement ces traits de la vie du Sauveur sont des exemples, ce sont aussi de grands bienfaits, puisque, par eux, le Christ nous a mérité la grâce. C'est pourquoi ils sont comme autant de stimulants qui nous excitent à aimer celui qui travaille de tant de manières à notre salut. 11 faut le dire, ce fut là une des principales causes qui déterminèrent le Fils de Dieu à se revêtir de notre humanité. Dieu seul était le parfait exemple que nous pussions imiter en toute sécurité; mais en tant que Dieu il était invisible ; comme homme, au contraire, nous pouvons le voir, et ce n'était que sous le second aspect que nous trouvions en lui des règles sûres et certaines pour l'imiter. « 11 était très-convenable, dit saint Augustin, que Dieu se fit homme, pour que l'homme put le voir, et que, pouvant le voir, il l'imitât. » Deux choses étaient donc nécessaires pour nous sauver :

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