‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 199 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIII

un prodige ineffable qui doit nous pénétrer d'une profonde admiration ! Mais il ne faut pas l'estimer impossible, car cette passion divine ayant été pour nous la source d'une infinité de biens, il ne faut pas trouver étonnant qu'elle ait été le remède propre à tous nos maux.

Comment la passion du Sauveur a guéri parfaitement les faiblesses de notre

entendement.

Commençons donc par ce qui touche à la réformation et à la guérison de notre entendement, c'est-à-dire par ce qui peut lui donner une vraie et fidèle connaissance de Dieu et des choses qui se rapportent à son service. En descendant dans quelques détails, nous verrons quelle lumière le mystère de la passion du Sauveur répand sur ces vérités et de quel secours il nous est pour les connaître. Mais nous dirons tout cela très-succinctement, nous proposant moins d'exposer cette doctrine d'une manière trèsdétaillée, que de dire seulement ce qui peut nous aider à la comprendre et à en tirer des conséquences dignes d'elle.

Si la réformation de notre entendement consiste à lui donner de Dieu, de ses grandeurs et de ses perfections, une notion saine et vraie, où cette connaissance brille-t-elle d'un plus vif éclat que dans le mystère de notre rédemption? Comme dans cette vie nous ne pouvons pas connaître Dieu par lui-même, mais seulement par ses œuvres, et surtout par la plus excellente de toutes, comme d'ailleurs la plus excellente des œuvres de Dieu est sans contredit la passion sacrée du Sauveur', il s'ensuit que c'est elle qui nous donne la plus profonde connaissance de Dieu et de ses perfections. Y a-t-il rien en effet où se manifestent d'une manière plus éclatante la bonté de Dieu et sa charité, sa miséricorde et sa justice, sa providence, sa sagesse et sa toute-puissance, que le mystère de la croix? Nous avons assez développé ces choses dans les six chapitres qui précèdent pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir ici.

Que si nous voulons apprécier la dignité et l'importance de la vertu, je dis que tous les livres qui ont été écrits dans le monde

sur cette matière sont impuissants à nous les révéler, et que nous en avons une idée mille fois plus parfaite en voyant un Dieu descendre du ciel sur la terre, se revêtir d'une chair humaine, converser pendant trente-trois ans avec les hommes, mourir enfin sur une croix au milieu d'immenses douleurs. Ceci vous étonne et vous voulez en savoir la cause ? Entendez l'Apôtre s'écrier et nous dire : « Il s'est livré à la mort afin de nous délivrer du péché et de se faire un peuple pur et fervent dans toutes les bonnes œuvres. » Tit. n, Li. Que peut-on imaginer de pins propre à nous rendre la vertu estimable et à nous la faire aimer que de voir ce que le Fils de Dieu, qui est la sagesse éternelle, a fait pour nous amener là ?

Voulons-nous connaître au contraire la malice du péché, admirons la satisfaction que Dieu exige pour lui ; cette satisfaction, en effet, c'est le sang et la vie de son Fils unique, qui valait pins que les vies des anges et des hommes réunis. Nous verrons en même temps en quelle haine et quelle horreur Dieu a ce monstre abominable, puisqu'il a tant fait et tant souffert pour l'extirper du inonde. Il semble en quelque sorte qu'il déteste le péché plus qu'il n'aime son Fils, car il consent à faire mourir son Fils pour tuer le péché. Peut-on imaginer une haine plus vive et plus profonde? Et qu'adviendra-t-il de ceux qui se présenteront à Dieu infectés d'un mal qu'il hait d'une manière si extraordinaire?

Mais, ce qui vaut mieux, c'est par toutes ces considérations que nous en viendrons à concevoir de nos péchés une grande douleur et à les détester d'une haine sans mesure. Ne sont-ce pas nos péchés, en effet, qui ont été la cause des souffrances du Christ? C'est eux qui l'ont fouetté dans sa flagellation ; eux, qui l'ont outragé et couronné d'épines ; eux, qui l'ont tourné en dérision et qui l'ont crucifié, car si personne n'avait péché, le Sauveur u'.mrait non plus rien souffert. Aussi le vrai pénitent peut-il donner libre cours à sa douleur et s'écrier : « Seigneur, c'est moi qui vous ai fait suer des gouttes de sang ; c'est moi qui vous ai souffleté ; c'est moi qui ai mis la croix sur vos épaules brisées et meurtries, moi qui vous ai donné du fiel à boire toutes les fois que j'iai péché", et je le ferais encore toutes les fois que je pèche;

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