‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 202 sur 383 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Que la passion sacrée du Sauveur aide et fortifie notre volonté chancelante.

Après la réformation de l'entendement, vient celle de la volonté, que la passion sacrée du Sauveur opère comme la première. Réformer la volonté , c'est l'embellir de toutes les vertus et surtout de celles qui ont en elle leur demeure propre. La charité, qui est la reine des vertus, la fin et le résumé de toute la vie chrétienne, est aussi la première de celles que la volonté doit posséder. Or nous trouverons dans la passion du Sauveur de grands exemples de charité et de puissants motifs de la pratiquer, si bien qu'on dirait qu'elle sert uniquement à perfectionner cette vertu sans avoir égard à aucune des autres.

Remarquons bien d'ailleurs que les exemples de Jésus- Christ notre Seigneur .sont d'une autre condition que les exemples des saints. Qu'un saint, en effet, qui est une créature sujette à mille misères, soit humble, pauvre, obéissant, patient, doux, etc., on ne doit pas s'en trop étonner : tous ces états sont conformes à sa bassesse ; mais que le Seigneur île toute majesté, que le prince

328 INTRODUCTION AU SYMBOLE DE l,A FOI.

de toutes richesses et de toute grandeur s'abaisse jusqu'à mettre toutes les vertus en pratique, qu'il soit pauvre lui aussi, humble, obéissant, doux et patient, voilà une chose qui dépasse toute admiration. C'est pour cela que ces exemples sont d'autant plus efficaces pour convaincre nos cœurs que Dieu est plus élevé audessus des saints. Ils ont encore une dignité particulière : en même temps que ces œuvres sont des exemples, elles sont aussi des bienfaits et de très-grands bienfaits, puisque Jésus-Christ n'ayant besoin de rien pour lui-même , n'avait en vue que notre salut, et apportait tout à cette fin, et offrait dans ce dessein tout ce qu'il faisait. De même donc qu'il est né et qu'il est mort pour nous, il nous a appliqué, en ordonnant tout à notre salut, tous les pas et toutes les œuvres de sa vie très-sainte. Mais les exemples ont une autre excellence qui découle de la précédente, c'est qu'ils sont de puissants motifs d'amour. En leur qualité de grands bienfaits, ils ne peuvent laisser allumer dans nos cœurs la reconnaissance et l'amour pour celui qui nous les a accordés. On sait en effet que les bienfaits reçus touchent les cœurs et les forcent à aimer ceux de qui ils les tiennent. En voilà assez pour nous faire voir combien ces exemples, excellents en eux-mêmes, ont de l'efficacité quand il s'agit de nous rendre vertueux.

De la charité.

Commençons par la charité. Il y a une foule de considérations et de motifs qui accroissent cette vertu et qui lui donnent une nouvelle ardeur ; mais trois choses surtout en réveillent, en excitent l'exercice : ce sont la bonté, la charité et les bienfaits. La bonté est l'objet de notre volonté, comme la couleur est celui de notre vue. De même que les yeux ne peuvent voir ce qui n'a pas de couleur, de même la volonté ne peut aimer ce qui n'a ni la réalité ni les apparences de la bonté. Mais comme dans les choses spirituelles le beau et le bon se confondent, dans la bonté nous comprenons la beauté qui est aussi l'objet propre de l'amour. La charité, qui est amour, est un autre grand motif d'amour. «Rien,

Page 1