CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIV
disait saint Thomas, n'attise le l'eu comme le feu lui-même, ainsi en est-il de l'amour ; rien ne le rend plus brûlant dans un cœur que l'ardeur d'un autre amour. » Ce n'est pas sans raison qu'on a dit des bienfaits qu'ils attendrissent les pierres, et que celui qui les répand a trouvé des chaînes pour retenir le cœur. Quant aux deux premiers motifs d'amour, c'est-à-dire à la bonté et à la charité, nous avons vu avec quel éclat ils nous attirent dans la passion du Sauveur, et quels motifs puissants nous y avons d'aimer Celui qui nous a tant aimés et qui nous montre dans cette œuvre de dévouement une si grande bonté. Les explications que nous avons déjà données sont plus que suffisantes, et nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit.
Saint Jean nous déclare en un seul mot l'étendue du bienfait que la passion du Christ nous a conféré. « Il nous a donné le droit, dit-il, d'être faits enfants de Dieu. » Joan. \, 12. Dans ces paroles, cet Evangéliste comprend la faveur et les récompenses inestimables de notre Seigneur. Si nous sommes enfants de Dieu, nous sommes aussi frères du Christ, héritiers du Père céleste, c'est-à-dire du royaume des cieux, aimés et traités comme des fils que leur père récompense et châtie tour à tour, « animés de l'esprit de Dieu qui nous porte à nous écrier dans toutes nos peines : Mon Père, mon Père, » Galat. iv, 6. Si nous sommes enfants de Dieu, Dieu est notre père, et en cette qualité il entoure ses fils adoptifs de tous les soins d'une providence incessante ; si nous sommes enfants du Père, et que le Père soit tout-puissant, que peut-il nous manquer et qu'avons-nous à craindre? Nous serons donc tranquilles dans les périls, fortifiés dans les travaux, soutenus dans nos besoins, consolés dans nos angoisses, animés de la plus vive confiance dans tous les événements de cette vie en nous disant à nous-mêmes : « J'ai un Père puissant et bon , un Père véritablement digne de ce nom, dont le Fils unique nous a ordonné « de n'appeler sur la terre personne notre père, parce que nous n'avions qu'un seul Père qui est dans les cieux. » Matth. xxin, 0. La dignité de fils de Dieu qui nous est venue par le Christ, nous confère toutes ces faveurs et une foule d'autres. « Beaucoup ont été faits enfants de Dieu, dit saint Augustin, par le Fils
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uniqne de Dieu. Il en a fait ses frères en leur achetant ce titre par son sang; il les a sauvés par sa réprobation ; il les a rachetés en se livrant lui-même ; il leur a rendu l'honneur en subissant mille outrages; il les a ressuscites en mourant pour eux. Useraistu douter encore qu'il te donnât ses biens, Celui qui, pour ton amour, a consenti à prendre sur lui tous tes maux! » De Nul. Dom., serm. xix, 3.
C'est encore saint Jean qui, pour donner une plus haute idée de ce mystère , a écrit : « Considérez quel amour le Père a eu pour nous; il a permis que nous fussions appelés enfants de Dieu et que nous fussions enfants de Dieu en effet. » I Joan. 1, l . I '.«■ n'est pas pour rien qu'il ajoute ces dernières paroles; il ne nous faut pas regarder cette dignité comme un vain titre ou comme un encouragement pour notre espérance, mais comme une assurance que Dieu agit envers nous avec une providence toute particulière, et qu'il nous aime et travaille pour nous comme un véritable père.
Cette grâce comprend toutes les autres, puisque par elle « le Christ nous a rendus participants de tous ses biens, » Hebr. m, I i, selon le langage de l'Apôtre. Ses trésors, il ne les garde pas pour lui seul, mais il les partage, ou pour mieux dire, il donne tout ce qu'il gagne et tout ce qu'il mérite à ses frères, puisqu'il n'a pour lui-même besoin de rien. Mais il est bon de le remarquer, encore que cette communication de biens que le Sauveur nous donne nous fasse un devoir impérieux de la reconnaissance, nous lui devons bien davantage pour le moyen dont il a usé dans cette ineffable communication. Pour nous rendre participants de ces biens, il prend sur lui tous nos maux, et en se soumettant à toutes les bassesses, il nous élève à la communion de sa grandeur. Sa pauvreté nous enrichit, son humilité nous élève, ses chaînes nous délivrent, ses douleurs sont notre joie, ses plaies nous guérissent, sa mort nous ressuscite ; en acceptant toutes les malédictions du péché, il nous donne les bénédictions de la grâce, et en prenant la figure du serpent, il nous guéri! des morsur a de l'antique serpent. De même qu'il est né et qu'il est mort pour nous* il offre aussi pour nous tout ce qu'il a pris de notre nature :