CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIV
il nous donne chaque jour sa chair à manger et son sang à boire; il nous offre sa vie en récompense, ses bras pour nous soulager, sa croix pour nous aider, le sang qu'il verse dans sa sueur pour nous guérir, sa couronne d'épines pour nous couvrir de gloire, son côté percé pour nous montrer son amour, le sang qui en ruisselle pour laver nos fautes, tous les pas de sa vie enfin pour devenir le modèle de la nôtre. C'est ainsi qu'il nous est tout en toutes choses. Il est l'unique espérance des faibles, le refuge de ceux qui sont tentés, le consolateur des affligés, le salut des infirmes, le soutien des forts, la philosophie des simples, le paradis des âmes pieuses.
Il y a une autre manière d'apprécier la grandeur de ce bienfait et d'exciter dans nos cœurs un grand amour pour Celui de qui nous le tenons. Considérons en effet et ce que ce bienfaiteur nous donne, et comment il nous donne, et pourquoi il nous donne. Ce qu'il nous donne, c'est ce que nous finissons à peine de déclarer, et ce que l'apôtre saint Pierre exaltait en disant « que par le Christ, Dieu nous a donné les grandes et précieuses grâces qu'il avait promises pour nous rendre par elles participants de la gloire divine. » II Petr. i, A. Quel inappréciable bienfait et comme il est propre à toucher nos cœurs ! C'est en quelque sorte faire de nous des dieux, c'est-à-dire nous rendre semblables à Dieu par la pureté de notre vie en ce monde, et par le bonheur et la possession de la gloire dans l'éternité. Tous les biens dans l'ordre de la grâce et de la gloire, les plus grands qui puissent être donnés à une pure créature, nous ont été concédés par lui. Nous avons déjà vu de quels moyens le Christ s'était servi pour nous donner ses biens, et comment les douleurs de sa passion avaient été plus vives que toutes celles dont nous pouvons avoir l'idée. Mais s'il a voulu endurer ces affreuses douleurs, c'a été pour nous communiquer les plus grands de tous les biens. Peut-on rien ajouter à ce bienfait souverain? Quel est le cœur qui serait insensible à cet échange admirable de la miséricorde divine? Quant à la cause de ces douleurs, nous la connaissons déjà et nous avons dit qu'elle consiste tout entière dans la bonté de Dieu qui se mit à l'œuvre sans qu'il y eût de notre part aucun mérite et
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de la sienne aucun intérêt. Il y a dans chacune de ces considérations de quoi étonner et ravir un cœur pieux.
Mais entre tous les biens que nous devons au Seigneur, le plus grand est sans contredit le bonheur de la gloire dans l'autre vie ; ce dernier bienfait nous ne l'apprécierons bien que lorsque nous l'aurons goûté. Mais alors les choses changeront de face et nous verrons clairement ce dont nous sommes redevables aux plaies de ce très-clément Rédempteur, en les considérant comme les portes par où nous sommes entrés en possession de ces jouissances que le Sauveur nous a acquises par ses larmes et ses blessures. Plus on s'arrêtera à comprendre la grandeur de ces joies et plus on entendra la grandeur de ce bienfait.
En concluant, je répète ce que j'ai dit en commençant. Si les motifs les plus puissants d'amour sont la bonté, la charité et les bienfaits , que les anges , que les hommes cherchent une bonté plus grande, une charité plus vive, des bienfaits plus touchants que ceux qui nous sont apparus dans ce mystère. Oh! que le Sauveur avait raison de dire «qu'il était venu jeter le feu sur la terre! » Luc. xn, 49. Et où trouver un feu plus ardent que celui qu'excitent en nous de si grands motifs d'amour ! Saint Ambroisie l'avait bien compris, et voilà pourquoi il disait « que si le Christ, par ses autres bienfaits, nous avait fait une obligation de l'aimer, par celui-ci il nous en avait donné la force. » Sup. Psalm. c.xviii. Voilà pourquoi le Prophète disait que lorsque le Sauveur descendrait sur la terre, «les eaux bouillonneraient sous l'action d'un feu ardent, » Isa. lxtv, 2, parce qu'on ne comprendrait pas un cœur assez froid pour ne pas se sentir embrasé par des motifs d'amour aussi puissants. Que sont en effet les fouets, les épines, les blessures que le Sauveur voulut recevoir en son corps sacré, sinon des étincelles de ce feu sacré, des voix éloquentes qui nous prêchent son amour et qui sollicitent le nôtre? Le mystère de la passion est donc un moyen très-efficace et très-puissant d'embraser nos cœurs d'un grand amour pour notre Rédempteur, si bien qu'on le dirait accompli à cette seule fin et non pas à d'autres.