CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE X|V
De l'espérance et des autres vertus auxquelles la passion du Sauveur nous
excite.
L'espérance est la compagne et la sœur de charité, et ainsi tout ce qui nous porte à aimer Dieu nous excite à espérer en lui. Que ne pas espérer en effet d'une bonté sans mesure qui pour nous rendre bons et heureux s'est résignée à tant de peines et de travaux? En qui nous confierons-nous avec plus de sécurité qu'en Celui qui nous a aimés assez pour mourir à notre place ? En qui trouverions-nous plus sûrement notre remède, qu'en Celui qui, non content de nous rendre participants de ses dons , a voulu, pour nous montrer son amour, connaître personnellement tous nos maux? Comment me refuserait-il ce dont j'ai besoin, quand il peut, sans qu'il lui en coûte rien, exaucer ma demande, Celui qui m'a racheté au prix de son sang? Comment fuirait-il loin de moi quand je le poursuis, Celui qui a couru par tant de chemins à la poursuite de ceux qui le fuyaient? C'est le cas de citer les paroles dans lesquelles l'Apôtre exposait cette vérité : « Si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés avec lui, serons-nous sauvés par la vie de ce même Fils. » Rom. v. 10. Ah! si, comme nous l'avons dit, le Sauveur use avec nous d'une teUe miséricorde qu'il a pris sur lui tous les travaux et toutes les douleurs de sa passion pour nous en communiquer seulement les fruits et les mérites, que ne puis-je pas espérer, après de tels gages d'amour, et quand je puis offrir de tels mérites de ma part? En pensant à chacune de ces choses et en les pesant attentivement, on verra que toute la vie du Sauveur nous porte, nous excite et nous convie à espérer dans un Seigneur si bon, dans un ami si fidèle, dans un bienfaiteur si libéral, dans un réparateur enfin si miséricordieux.
Que dire de l'humilité, cette vertu si essentielle qui est comme le fondement, la racine et la gardienne de toutes les autres vertus ? Comme elle brille dans tout le cours de la vie et de la passion du
Sauveur? Et que nous prêchent autre chose, les langes, cette étable, la circoncision, la fuite en Egypte, le baptême, la tentation, et tant d'autres accidents de cette vie divine? Mais les exemples de la mort du Sauveur sont autrement efficaces ; ils suffirent pour étonner les anges et pour jeter l'effroi dans toutes les créatures qui prirent une part sensible au trépas de leur créateur ! Quel spectacle que celui d'un Dieu pris et enchaîné comme un voleur, outragé comme un blasphémateur, tourné en dérision comme un insensé, fouetté comme un malfaiteur, mis au-dessous de Barabbas, et crucifié entre deux voleurs? Mais comme si toui cela n'était pas encore assez, voici qu'avant de livrer le grand combat de sa passion, il se lève de table, il tombe à genoux et lave les pieds de ses apôtres, même ceux de l'infâme Judas. Qui ne serait confondu en présence d'une humilité si profonde ? Qui ne comprendrait par là la dignité et l'importance d'une vertu que le maître des vertus a mis tant de soins à imprimer dans nos cœurs? Ah! le Christ connaissait bien la dureté de notre esprit, et la fierté de nos cœurs ! Il savait que nous avions hérité de nos premiers parents qui étaient tombés par orgueil, et comme un architecte habile, il a porté ses soins sur cette partie faible de notre âme, et pour la préserver des nombreux périls auxquels elle était exposée, il nous a donné d'innombrables et de remarquables exemples d'humilité.
Que dire aussi de l'obéissance du Christ, sinon cç qu'eu disait l'Apôtre : « Le Christ étant véritablement Dieu et égal à son père, et cela, non par usurpation mais par nature, s'est anéanti luimême, en prenant la forme d'esclave, en s'humiliant, en se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix, » Philip, u, 0-8, la plus honteuse de toutes celles dont on eût l'idée en ces temps-là. De cette sorte, comme le dit encore le même Apôtre : « Celui qui est la splendeur de la gloire du Père et l'image de sa substance, celui qui soutient tout par sa parole toute-puissante, celui qui seul peut nous pardonner les péchés el qui est assis au plus haut des cieux, au-dessus des anges, à la droite de la souveraine majesté, » llebr. i, 3, celui-là nu'inr a pour demeure, pour lieu de repos et pour trône, une croix,