CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIV
plantée entre deux voleurs ! 0 admirable obéissance ! 0 humilité profonde! 0 abime de charité! 0 amour inestimable de notre salut, qui nous fut conquis par tous ces moyens.
Que ne pas dire aussi de la patience du Sauveur, puisque sa passion tout entière fut une œuvre de patience? Encore que toutes les vertus aient eu leurs cours dans la passion, et toutes à un très-haut degré de perfection, néanmoins souffrir fut une œuvre de patience et de résignation aux inspirations de la charité et aux ordres du Père éternel qui commanda à son Fils de tout endurer pour nous guérir. On a donc raison de le dire, la patience fut la robe de noces dont fut revêtu le Fils de Dieu au jour de son union avec l'Eglise sur le lit sacré de la croix. L'apôtre saint Pierre nous exhorte à imiter cette vertu : b Jésus- Christ , nous dit - il , a souffert pour vous , vous laissant un grand exemple, afin que vous marchiez sur ses traces ; lui qui n'a commis aucun péché, et dans la bouche de qui le mensonge n'a pas été trouvé, quand on le maudissait, il ne répondait poini par des injures, quand il souffrait, il ne menaçait point, mais il s'abandonnait au pouvoir de celui qui le jugeait injustement. » I Petr. ii, 21-23.
Admirons ici les délicates attentions, si on peut parler ainsi, de notre très-clément maître et rédempteur. De même que les saints ne prêchaient jamais aux autres des bonnes œuvres dont ils n'eussent les premiers donné l'exemple, de même le Sauveur, quoiqu'il n'ignorât pas qu'en sa qualité de maître tout honneur lui était dû, tandis qu'il ne restait à l'homme, serviteur et esclave, qu'à obéir, de même, dis-je, il n'a pas voulu nous ordonner des choses qu'il n'eût pas le premier mises en pratique. Il nous ordonne de nous laver les pieds les uns aux autres, et le premier il lave les pieds de ses disciples. Joan. xm. Il nous commande de nous mettre toujours à la dernière place dans son Eglise, et de préférer servir que commander, et il dit de lui-même qu'il conversait avec ses disciples non pas comme celui qui commande à table, mais comme celui qui y sert. Luc. xiv-xxu. Il nous fait enfin un devoir si strict de la fidélité envers Dieu qu'il nous oblige à tout souffrir et même h mourir pour lui. Matlh. x. Mais
le premier il a souffert et il est mort pour nous, et c'est ainsi qu'il n'a pas voulu nous obliger à faire pour lui quelque chose qu'il n'eût déjà fait pour nous. Et cependant dans les deux cas quelle profonde différence ! D'un côté c'est la créature qui souffre pour le Créateur, le serviteur pour son maître, avec l'espérance d'être récompensé de ses épreuves ; de l'autre, au contraire, le Seigneur souffre pour son serviteur et n'est soutenu dans ses épreuves par aucune espérance. Cette considération était toutepuissante sur la vierge sainte Marguerite, et lui était dans son martyre d'un grand soulagement. « Puisque mon Seigneur a daigné souffrir pour moi, disait-elle, il est bien juste que je souffre pour lui. » Il en était de même des martyrs et de ceux qui ont souffert pour l'amour de Dieu; ils étaient soutenus et consolés dans leurs tourments, en voyant combien il était juste de voir la créature souffrir pour un Créateur dont elle a si grand besoin, alors que le Créateur a daigné souffrir pour elle sans rien attendre pour lui de ses souffrances.
Ces quatre vertus dont nous venons de parler, la charité, l'humilité, l'obéissance et la patience, saint Bernard les appelle quatre pierres précieuses avec lesquelles le Christ orne les quatre extrémités de la croix. La charité est en haut, l'obéissance à droite, la patience à gauche, l'humilité enfin, comme la racine et le ton • dément des vertus, est au bas de cet arbre saint et sacré.
De la douceur et des autres vertus.
Ladouceur est sœur de la patience et de l'humilité; elle n'existe même que par elle; à la patience elle emprunte la souffrance; comme l'humilité elle sait souffrir avec bonté. Que cette vertu ait jeté un vif éclat dans la passion de Jésus-Christ, c'est ce que le prophète Isaïe vit en esprit et annonça ensuite dans des termes prophétiques : « Il sera conduit à la mort comme un agneau, il sera muet comme une brebis devant celui qui la tond. » ha. lui, 7. C'est bien ce qu'on vit en effet dans toutes les accusations et les faux témoignages qu'on porta contre le Sauveur, et auxquels