‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 207 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIV

il ne fit aucune réponse, jusqu'à ce que le juge, profondément étonné de ce silence si étrange au milieu de tant d'accusations, lui dit : « Eh quoi, tu ne me réponds rien ! Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te crucifier et que j'ai le pouvoir de te délivrer? » Alors seulement cet Agneau, d'une douceur inaltérable, de tirer le juge de l'erreur profonde que révélaient ses paroles et de lui répondre : « Vous n'auriez aucun pouvoir sur moi, s'il ne vous avait été donné d'en haut. » Joan. xix, 10-11.

A la douceur et aux vertus qui lui ressemblent, il appartient d'aimer les ennemis, et de prier pour eux; vertu magnifique dont Jésus-Christ nous a donné dans sa passion de magnifiques exemples. Le spectacle des œuvres qu'elle y avait produites ravissait saint Bernard et lui arrachait ces paroles : Admirez les merveilles de Dieu, et les prodiges qu'il a opérés sur la terre. Le Christ brisé par les fouets, couronné d'épines, percé de clous, attaché à un arbre infâme, couvert d'opprobres, abreuvé de toutes sorte de douleurs, s'écriait : Mon Père, mon Père, pardonnez-leur, ils ne savent ce qu'ils font. Oh ! quel cœur et quelles entrailles de miséricorde ne devait pas avoir celui qui poussait ce cri d'une si grande bonté.

Les amis de la pauvreté évangélique trouvent aussi dans la vie et dans la passion du Christ des exemples très-propres à les soutenir et à les encourager. En naissant il n'a d'autre palais qu'une étable. et au temps de sa mort il n'a d'autre lieu de repos que la croix ; il appuie sa tête contre une couronne d'épines, il n'a que sa nudité pour tout vêtement, on lui sert du fiel et du vinaigre, il n'a d'autre sépulcre que celui dont le bienfaisant Joseph veut bien lui faire l'aumône, il termine enfin sa vie dans la pauvreté la plus entière à ce point qu'il ne laisse rien en mourant. Peut-on imaginer un dénûment plus absolu? Et que cet exemple est bien propre à consoler les pauvres dans les travaux de leur pauvreté ! '

L'austérité de la vie est la compagne inséparable de la pauvreté évangélique et encore ici la vie et la mort du Sauveur sont fécondes en exemples salutaires et en leçons éloquentes. « J'ai été pauvre, dit le Prophète parlant en son nom, et dans le travail

dès ma jeunesse. » Ps. lxxxvii, 1(5. Isaïe l'appelait pour la même raison « un homme de douleurs, connaissant parfaitement l'infirmité, » Isa. lui, quand il vit en esprit les travaux dont cet innocent Agneau allait être saturé. Tout en lui nous prêche cette vertu; son exil, ses pérégrinations, ses fatigues, ses jeûnes, ses prières, ses veilles, sa faim et sa soif, le froid et le chaud auxquels il veut bien être exposé, tous les travaux enfin de sa vie et de sa mort. Yoilà pourquoi l'Epouse des Cantiques compare son bien-aimé « à un faisceau de myrrhe, » Cant. i, 13, car encore que la myrrhe répande une odeur très- suave, elle est néanmoins très-amère au goût. La passion et la mort du Sauveur furent pleines de cette myrrhe précieuse. Il ne pouvait souffrir, et il n'a pas souffert en tant que Dieu, mais en tant que homme il a réelment souffert, à cause de l'humanité sacrée qu'il s'était uni, et qu'il aimait d'un amour infini ; une heure seule de sa vie sainte valait mieux que toutes les vies des hommes et des anges, parce qu'elle était la vie d'un homme-Dieu. Or cette humanité sacrée, ce tendre et doux Agneau, le Père éternel l'a livré aux loups de l'enfer et leur a permis de le maltraiter et de le déchirer à notre place. L'Epouse des Cantiques à l'exemple de son Epoux a embrassé si parfaitement tout genre de travaux qu'elle a pu dire d'elle-même : « Mes mains distillaient la myrrhe et répandaient les plus doux parfums. » Cant. v, 5. Cette myrrhe c'est simplement les travaux et les austérités auxquels les amis de la perfection ont coutume de se livrer par amour du Christ : les cilic.es, les disciplines, les veilles, les jeûnes, les vêtements grossiers, les lits durs et peu moelleux. Toutes les fois que la chair se plaint de ces traitements et que la nature souffre, le moyen le plus facile et le plus ordinaire de se fortifier contre ces défaillances consiste à lever les yeux sur le Christ crucifié et à voir ce qu'il souffre, non plus pour lui, mais pour nous ; soutenu par cette vue, l'homme ne pourra plus n'être pas consolé et ne pas se sentir plus fort au milieu de ses peinrs.

Toutes les tribulations, toutes les infirmités, toutes les tristesses, tous les travaux enfin qui assiègent l'homme en cette vie, <titi' mer toujours impétueuse, féconde en tempêtes et en chan:

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