‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 209 sur 383 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Que la passion sacrée du Sauveur nous fournit un riche sujet de méditation.

Nous n'avons pas énuméré tous les fruits de l'arbre de la croix ; il en est encore d'aussi salutaires que les précédents, qui découlent d'eux comme une conséquence naturelle. Afin de les bien comprendre, il est bon de savoir qu'une des choses qui ont le plus exercé la curiosité des anciens philosophes a été de rechercher en quoi consistent la fin dernière et le bonheur de l'homme, qui est l'état le plus riche et le plus élevé où l'homme puisse arriver.

Après beaucoup d'hésitations et d'erreurs , les plus sages en vinrent affirmer que ce bonheur consistait dans l'exercice de la plus haute puissance de l'homme, c'est-à-dire dans l'entendement, s'occupant de ce qu'il y a de plus élevé au monde, c'est-à-dire de Dieu. Cette félicité suprême, ils la plaçaient donc clans la contemplation de Dieu et de ses grandeurs. Gomme ils ne pouvaient connaître Dieu en lui-même, ils cherchaient à le connaître par ses œuvres, c'est-à-dire, par les grandeurs et les merveilles qu'ils voyaient en ce monde et dont nous avons parlé au commencement de cet ouvrage ; mais afin de mieux entendre l'ordre et la beauté des choses créées, et de s'élever à la connaissance de celui qui les avaient faites, ils consacraient leur vie à l'étude de la philosophie, parce que cette science leur donnait une plus grande connaissance des choses, et par elles, de la cause qui les produisait, c'est-à-dire de Dieu. Ces longs travaux et ces études soutenues étaient souvent récompensés, et la plupart de ces philosophes, arrivaient à une grande admiration de la sagesse et de la toute-puissance de Dieu qui sut et qui put opérer de tels prodiges, et par l'admiration, à un amour naturel de Dieu, insuffisant toutefois pour leur obtenir le véritable bonheur surnaturel après lequel nous soupirons.

Ce souverain Seigneur, voyant donc combien il était long el difficile de s'élever par la structure du monde et par sa beauté, à la connaissance des perfections de son auteur, voulut bien abréger ce travail et nous le rendre plus fructueux en nous envoyant son Fils unique, l'image achevée du Père, sous les apparences fragiles de notre humanité, afin que nos yeux pussent le contempler et que nous puissions connaître par lui les grandeurs et les perfections de son Père éternel, qui brillent d'autant mieux dans tous les pas de sa vie et de sa mort très-saintes, qu'il est luimême plus excellent que toutes les créatures. C'est pourquoi l'Apôtre disait du Christ « qu'il était non-seulement notre sanctification et notre rédemption mais encore notre sagesse, » I Cor. 1. 30, parce que par lui mieux que par toutes les créatures nous nous élevions à la connaissance du Créateur, surtout par sa passion sacrée qui a été la plus admirable de toutes ses œuvres.

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