‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 211 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XV

Si nous désirons sentir nos cœurs embrasés d'amour pour Dieu, où trouverons-nous des motifs plus pressants d'amour que dans la passion sacrée ? Si nous voulons nous exciter à souffrir quelque chose par amour pour lui, où trouverons-nous une plus grande consolation et un plus efficace soutien que dans les travaux du Rédempteur ? Si nous voulons enfin avoir sous nos yeux un modèle parfait de toutes les vertus, afin de les imiter, où en rencontrerons-nous de plus parfait que dans la croix divine? La croix, nous l'avons déjà vu, nous fait connaître Dieu et ses perfections divines, mais de plus elle peut devenir, pour ceux qui la méditent avec soin, un sujet de compassion et de componction, de reconnaissance et d'amour de Dieu, d'imitation et aussi d'admiration pour le moyen qu'il a adopté pour nous sanctifier et nous sauver. Que si la passion est un sujet de douleur et de compassion, on trouve en elle, comme le dit saint Bonaventure, ample matière à une joie et à des douceurs inexprimables, surtout si on examine les motifs et les raisons qui doivent nous porter à aimer le Sauveur. Voilà pourquoi il est écrit que le patriarche Abraham se réjouit en considérant ce grand jour de la passion. Yoilà pourquoi l'Eglise chante : « 0 bois sacré ! ô clous vivifiants ! ô doux poids ! » Parce que celui qui contemple et qui goûte les fruits de cet arbre sacré ressent toute cette douceur.

Que la méditation de la passion du Sauveur nous obtient tous les biens et nous procure toutes les vertus.

En résumé, les fruits qu'on retire de cette méditation sainte sont si grands que si on demandait à toutes les personnes pieuses qu'il y a eu dans l'Eglise depuis l'Evangile ou qu'il y aura encore jusqu'à la fin du monde, ce qui les a le plus consolé et fortifié dans le chemin de la vertu, elles répondraient toutes de concert : la considération de la passion sacrée du Sauveur, tant cette passion sainte renferme tout ce qui pouvait soutenir leur vie. En elle, ils trouvaient un soutien pour leurs travaux, une consolation dans leurs tribulations, un secours dans leurs nécessités, une espérance dans leurs périls. S'ils étaient tentés par l'ennemi, c'est dans les plaies du Christ qu'ils cherchaient un re.

luge ; s'ils avaient perdu la dévotion, c'est là qu'ils la retrouvaient ; ils allaient s'y réchauffer, quand les flammes de l'amour de Dieu s'éteignaient dans leurs cœurs; ils s'y recueillaient, quand les distractions des affaires et les soucis de cette vie dissipaient leur attention; si les cilices ou les habits grossiers fatiguaient trop leurs corps, ils se consolaient en contemplant Jésus-Christ sur la croix; si le monde les persécutait, ils contemplaient leur Seigneur et leur Dieu persécuté et couvert d'opprobres. Quand ils étaient las de leur pauvreté, ils jetaient les yeux sur le Christ étendu nu sur la croix ; quand les austérités de la discipline les décourageaient, ils le voyaient fouetté à la colonne ; quand ils se dégoûtaient de leur mauvaise nourriture, ils se souvenaient du fiel et du vinaigre qu'on donna au Sauveur comme dernier breuvage sur la croix. On voit par là combien la passion du Sauveur est un remède universel pour toutes les nécessités de nos âmes, et aussi combien, par les vives lumières qu'elle excite en nous, elle nous porte à la dévotion et à l'amour de Dieu.

Ceux-là donc qui veulent s'avancer dans le chemin du ciel doivent commencer et finir par ce saint exercice. Un grand nombre d'àmes sont arrivées par lui à un état très-élevé de perfection. Saint Bernard et saint Bonaventure se glorifient de n'avoir jamais marché l'un et l'autre dans d'autres chemins, et nous savons quelle grande perfection ils ont atteinte. Si donc nous désirons faire des progrès rapides dans la perfection, suivons l'exemple de ces saints, jusqu'à ce que le Saint-Esprit nous indique une autre voie.

Par tout ce que nous venons de dire dans ce chapitre, entendons bien que la croix de Jésus-Christ est le véritable arbre de vie placé par Dieu au milieu du paradis de son Eglise ; cet arbre a des branches élevées et d'autres très-basses, afin que les grands comme les petits puissent profiter de lui et goûter les fruits qu'il porte.

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