CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XVII
la colère d'un Dieu courroucé, pouvait- il y avoir un sacrifice plus excellent que le sacrifice de notre grand pontife et prêtre Jésus- Christ, qui, tout rempli de l'Esprit-Saint, offrit, sur l'autel de la croix, non plus le sang des taureaux et des boucs, mais son propre sang? S'il fallait une rançon pour délivrer les captifs que le démon tenait sous son empire, non pas comme leur Seigneur, mais seulement comme l'exécuteur des vengeances célestes, quelle rançon plus excellente pouvait-on trouver que le sang de cet Agneau, dont une seule goutte aurait suffi pour racheter mille mondes? Le premier homme avait été condamné à la mort par sa faute; ici, en satisfaction de la mort d'un homme, était offerte la mort d'un homme-Dieu. Il n'en faut pas davantage pour nous montrer combien plus Dieu fut satisfait et glorifié par ce sacrifice souverain, qu'il n'avait été offensé par la chute de l'homme coupable ; et c'est bien le cas de redire ces paroles du saint homme Job : « Plût à Dieu que les péchés qui m'ont attiré sa colère et les maux que je souffre fussent pesés dans une balance ! Le poids de mon infortune surpasserait celui des sables de la mer. » Job. vi, 2, 3. Elles conviennent tout autant à Jésus- Christ, dont la satisfaction fut surabondante et dépassa de beaucoup celle que nos péchés exigeaient.
Voyons maintenant comment les perfections divines éclatent dans cette œuvre de notre rédemption. En vérité, je le demande, si notre Seigneur qui a bien- voulu se révéler à nous en cette vie par ses œuvres avait voulu, dans sa sagesse et sa toute-puissance, nous découvrir d'une manière signalée la grandeur de ses perfections, de sa bonté, de sa charité, de sa miséricorde, de sa justice, de sa providence, de sa toute-puissance et de sa sagesse, pouvait-il rien faire qui nous la découvrît plus clairement? Je renvoie le lecteur prudent au septième chapitre de ce troisième traité où cette matière est amplement traitée.
J'ajoute que si notre Seigneur, dans sa même sagesse, avait voulu faire une œuvre qui dévoilât la dignité et l'excellence de la vertu, la difformité du péché et l'horreur que nous devions en avoir, il ne pouvait rien trouver de mieux que la rédemption. Voir à ce sujet le dernier chapitre du second traité.
Il y a plus, si le même Seigneur s'était proposé d'allumer dans nos cœurs le feu de son amour, que pouvait-il trouver de plus efficace et de plus propre à atteindre sa fin? Les autres bienfaits nous font un devoir de l'aimer, celui-ci nous en fait une nécessité, et il a pu dire en toute vérité « qu'il était venu porter le feu sur la terre. » Luc. xn, 7i9. Ces choses sont développées au chapitre septième de ce même traité.
Ainsi en est-il encore de la douceur, de l'humilité, de la patience, de l'obéissance, de l'espérance, de la mortification et de la pauvreté évangéliques; à propos de chacune de ces vertus, nous pourrions faire les mêmes demandes, et conclure qu'il n'était pas possible à la divine majesté de trouver une œuvre plus propre à nous encourager à l'amour de toutes ces vertus, que l'œuvre de la rédemption.
Que si le Sauveur avait voulu faire une œuvre dont la considé ration ravît toutes nos affections et portât nos désirs vers les choses du ciel, y en avait-il une plus convenable que le récit et le mystère de cette même passion? Les âmes pieuses trouvent en elles le moyen de s'exciter à la compassion et à la componction, à l'imitation et à l'admiration, à la reconnaissance pour ce bienfait souverain, à l'amour et à la crainte de Dieu. C'est là le livre que le prophète Ezéchiel vit en esprit ; « il était écrit au dedans et au dehors, pour les simples et pour les savants ; des plaintes lugubres, des lamentations et des calamités y étaient retracées, » Ezech. n, 5; tout autant de choses dont on trouve de puissants motifs dans la passion sacrée du Sauveur !
S'agit-il de consoler les âmes tristes et affligées, de fortifier celles qui sont tentées, quel remède plus efficace peut-il y avoir que les plaies du Crucifié? Mais ce qui nous frappe surtout dans ce mystère, c'est son universelle utilité et la manière dont il s'applique à tous nos besoins. Quoique très-efficace en général, il semble avoir une vertu particulière dans toutes les circonstances où nous nous trouvons, comme on peut s'en convaincre par tout ce qui précède. La raison de cela, la voici : la passion esi une œuvre du Fils de Dieu ; de même donc que Dieu, étant à la fois im et simple, est tout ce qui est, de même sa passion sacrée