CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XVIII
Symbole de la foi, nous y renvoyons le sage lecteur. En voilà maintenant assez sur ce qui a rapport à la première objection.
Comme tout le cours de la vie du Sauveur correspond à la dignité de sa personne et à la fin pour laquelle il était venu.
Cependant approfondissons cette matière, et dans ce but, voyons comment tout le cours de la vie et de la passion du Sauveur correspond à la dignité et à la gloire de sa très-sainte humanité. Il y a deux choses à considérer dans la vie de notre Seigneur; et naturellement on se demande qui il était et pourquoi il venait. Si nous considérons qui était le Sauveur, toute gloire et tout honneur lui étaient dus, puisqu'il était le Fils même de Dieu. Mais si nous nous demandons pourquoi il venait, nous verrons, au contraire, qu'il devait épouser l'humilité et la pauvreté, parce qu'il venait uniquement pour guérir notre orgueil. Yoilà pourquoi saint Jean a pu dire : « Nous avons vu sa gloire, et elle était conforme à ce qu'il était, c'est-à-dire à la gloire que reçoit de son Père le Fils unique, plein de grâce et de vérité, » Joan. i, 1-4; car il considérait ce qu'il était. Mais voilà aussi pourquoi le prophète Isaïe, se pénétrant de la mission qu'il venait remplir sur la terre, a pu dire en toute vérité : « Nous l'avons vu, et il était méconnaissable, et nous l'avons désiré; méprisé, le dernier des hommes, homme de douleur, il connaît l'infirmité. » Isa. lui, 2, 3.
Ceci nous explique les contradictions apparentes qu'on rencontre dans la vie du Sauveur ; on y trouve tantôt beaucoup de gloire, conformément à la dignité de sa personne, tantôt un excès d'humilité et de pauvreté qui ne se comprend que par le rôle qu'il venait remplir ici-bas. Voyez ce qui se passe à sa naissance sainte: il a pour mère une femme, mais cette femme est une vierge ; il est conçu dans- les chastes entrailles de cette mère vierge, mais c'est par l'opération du Saint-Esprit; il naît dans une étable, mais un astre nouveau éclaire de ses clartés cet obscur réduit. Aussi c'est avec raison que saint Augustin s'écrie : « Quel est donc cet enfant que des étrangers recherchent avec tant de courage ? Ils ont connu sa naissance au ciel et ils le cherchent sur la terre ; il
35fi INTRODUCTION Al SYMBOLE DE LA FOI.
brille d'un souverain éclat dans les hauteurs du firmament, et son berceau est oublié de tous ici-bas ; son étoile a paru en Orient, et on vient le trouver en Judée. Quel est donc ce roi tout ensemble si petit et si grand? Si ces langes te scandalisent, ô homme! entends les anges chanter sa naissance ; si cette étable te paraît vile, lève les yeux et vois combien est belle l'étoile qui luit aux cieux. Tu crois à son humilité, crois donc aussi à sa grandeur. » la [est. Epiph., serm. G de Temp. v, 3i, c. i.
« Ce sont là, Seigneur Jésus, dit encore saint Augustin, les témoignages que vous nous donnez de votre grandeur dans votre enfance. Plus tard les vagues de la mer obéiront à votre voix ; les vents perdront leur fureur sur votre commandement; les morts ressusciteront à votre appel; le soleil, quand vous mourrez, s'obscurcira ; la terre tremblera quand vous sortirez du tombeau ; les cieux s'ouvriront pour vous introduire dans leur sein ; mais même à cette heure, tout enfant que vous êtes, vous êtes déjà connu comme le Seigneur de l'univers. » De Xat. Dom., serm. 9 de Temp. v, 13, c. m.
Ce mélange de bassesse et de grandeur que nous voyons dans la naissance du Seigneur, nous le voyons encore dans tout le cours de sa sainte vie. Quelle humilité et quelle pauvreté que celle qui réduit le Seigneur de toute majesté et l'abîme de toutes les richesses à soutenir sa vie des aumônes de quelques femmes pieuses! Luc. vm. Peut-on rien concevoir de plus humiliant? E' cependant qui pourra dire les richesses et la gloire de ce pauvre ? « Il chassait les démons du corps des possédés, il guérissait les paralytiques, il rendait la vue aux aveugles, il faisait marcher les boiteux, il ressuscitait les morts, il apaisait les tempêtes et marchait sur les eaux. Les auges s'approchaient de lui et le servaient ; les démons redoutaient sa puissance ; les éléments obéissaient à ses ordres ; sa parole pardonnait les péchés ; ses vertus sanctifiaient les cœurs ; le seul contact de sa robe guérissait les malades, et celui de ses mains multiplait les pains qu'il distribuait aux foules affamées. » Matth. iv, ix, xi; Marc, i, iv; Luc. v, vu ; Joan. vi.
Mais laissons de côté les miracles et ne parlons que des vertus