‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 219 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XVIII

de ce Seigneur et de sa vie très-sainte; nous verrons combien cette vie fut digne de sa personne et de la mission qu'il venait remplir. Il se proposait, entre autres choses, de détacher l'homme des choses de la terre et de lui faire aimer son Créateur, ainsi qu'il le déclare lui-même en disant : « Je suis venu porter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu'il s'allume? » Luc. xn, 43. Et qu'a-t-il fait autre chose dans toutes les voies et dans toutes les œuvres de sa vie, que de jeter sur nos cœurs des charbons ardents afin de les porter à l'aimer? C'est pourquoi de toutes les vertus, celles qu'il s'applique le plus à faire paraître sont celles qui devaient le rendre plus aimable aux hommes, l'humilité, la charité et la miséricorde, la douceur enfin que nous trouvons si aimable même dans les animaux. Voilà les chaînes avec lesquelles notre Seigneur avait promis par son Prophète d'attirer à lui tous les hommes! Voilà ses liens et ses prisons d'amour! Et pour commencer par l'humilité, quelle est grande celle que le Sauveur a voulu montrer dans toutes les circonstances de sa vie ! Il naît dans une étable, il est circoncis le huitième jour comme un pécheur ; il fuit en Egypte comme un homme faible ; il consent à être baptisé au milieu des publicains et des pécheurs comme l'un d'entre eux; il agit avec ses disciples « non comme un Seigneur qui préside à table, mais comme un serviteur. » Luc. xxii, 27. Sa douceur n'est pas moins admirable ; il nous en avait lui-même prévenu par Isaïe : « Voilà mon serviteur, celui que j'ai choisi pour être l'objet de mes complaisances, et sur lequel s'est reposé mon esprit. Il ne criera point, il ne fera pas acception de personne, sa voix ne sera pas entendue au dehors. Il ne foulera pas aux pieds le roseau brisé ; il n'éteindra pas la mèche qui fume encore. » Isa. xlii, 1-3. De quelle douceur, en effet, n'usa-t-il pas avec la femme adultère, qu'il ne voulut pas condamner alors que tous la condamnaient? Quelle douceur ne montra-t-il pas surtout dans toutes les circonstances de sa sainte passion? Le Prophète, qui l'aperçut en esprit, ne put s'empêcher de s'écrier : « Il sera conduit à la mort comme un agneau, il sera muet comme une brebis devant celui qui la tond. » Isa. lui, 7. Et lui-même nous en donne un magnifique exemple lorsque , dans la maison

d'Anne, il se contente de dire au soldat qui lui donne un soufflet : « Si j'ai mal parlé, montrez-le moi, et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous? » Joan. xvi, 28. Que dire de sa miséricorde et de son zèle pour le salut des âmes ? Depuis qu'il a commencé à prêcher l'Evangile, il passe sa vie à parcourir les villes et les bourgades, en guérissant les corps et en enseignant les âmes. Oh ! comme il encourageait avec charité les pécheurs à venir à lui en leur disant : « Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et je vous soulagerai. » Matth. xi, 28. Comme il a voulu nous inspirer un grand amour de la miséricorde, puisqu'au jour du jugement, à ce jour suprême où les bons seront séparés des méchants, ce sont les œuvres de miséricorde qui mériteront les plus grandes récompenses : « Venez, sera-t-il dit aux bons, venez les élus de mon Père, et prenez possession du royaume qui vous a été préparé; j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu

soif et vous m'avez donné à boire, etc Car je vous le dis en

vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de vos frères, c'est à moi que vous les avez faites, et toutes les fois que vous les leur avez refusées, c'est à moi-même que vous les refusiez. » Matlh. xxv, 34-35, 40, 45. Comme il se montra bon envers le Centurion qui lui demandait de guérir son serviteur malade : « J'irai, lui dit-il d'abord, et je le guérirai; » mais donnant à sa parole toute la puissance qu'elle pouvait avoir, il remlii au malade la santé d'un seul mot! Matlh. xm. Qu'il témoigne à Zachée de la reconnaissance pour l'amour et la dévotion qu'il vit en lui, puisqu'il daigna le convier à manger avec lui dans sa propre maison. Luc. xix. Qu'il fut condescendant pour ces saintes femmes qui allaient au sépulcre oindre son corps sacré ! Il alla à leur rencontre, et offrit à leur vue un être vivant au lieu du cadavre qu'elles croyaient trouver; il leur permit d'embrasser el de baiser ses pieds sacrés ; il les laissa adorer en silence les cicatrices précieuses des plaies qu'il y avait reçues ! 11 témoigna le même amour et la même reconnaissance aux disciples qui allaient à Emmaùs en s'entretenant, avec une grande douleur et une compassion sincère, de tout ce que le Seigneur avait souffert dans sa passion ; il daigna, en effet, devenir leur compagnon de

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