CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XVIIL
route, et en leur expliquant les saintes Ecritures, les confirmer dans la foi. Luc. xxiv.
En dehors de là, de quelle bonté n'usait-il pas avec les pécheurs, et comme il désirait ardemment leur conversion ! Il allait jusqu'à manger avec eux pour les mieux attirer à lui par son exemple et sa doctrine ! Voyez comme il en agit miséricordieusement avec Madeleine ; il lui pardonne facilement tous ses péchés, et par là il excite dans cette âme pécheresse un grand amour de Dieu et une douleur profonde de ses fautes ! Voyez comme il est bon avec la Samaritaine, cette femme pécheresse dont il fit une évangéliste ! Comme son cœur s'attendrit à la vue de cette pauvre veuve qui accompagnait à sa dernière demeure le corps de son unique enfant : « Lorsque le Seigneur l'eut vue, dit l'Evangéliste, il fut touché de compassion, comme un véritable homme qu'il était, et se tournant vers elle sans qu'il en fût supplié, il lui dit : «Femme, ne pleurez pas ; » et s'approchant du brancard sur lequel était le mort, il le ressuscita et le rendit à sa mère ! Luc. vu, 13, 14.
Voyons maintenant de quelle manière le Seigneur de majesté traitait les pauvres pêcheurs dont il avait fait ses disciples. Avec quelle douceur ne supportait-il pas leur rudesse et leur simplicité ! Avec quelle facilité et quelle bonté ne conversait-il pas avec eux ! Même après l'abandon dans lequel ils le laissèrent au temps de sa passion, en le livrant à la merci de ses ennemis, comme il oubliait leur lâcheté et leur infidélité ! A trois jours de là, au jour de sa résurrection, il leur envoyait, par l'entremise de la pécheresse sanctifiée, cette amoureuse ambassade : « Allez vers mes frères, et dites leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Joan. xx, 17. « Comme mon Père m'aime, leur disait-il un autre jour, moi je vous aime. » Joan. xv, 9. La grandeur de cet amour, encore qu'il leur en ait donné de nombreuses preuves, il la leur déclarait dans ce glorieux discours de la Cène, où il les entretint surtout des consolations qu'il réservait à ses disciples, attristés de sa mort prochaine ! C'est une chose bien digne de remarque que le Sauveur, à la veille d'endurer les plus grandes douleurs imaginables, alors qu'il semblait surtout opportun de chercher à se consoler soi-même, trouva
dans son amour assez de force pour s'oublier entièrement et pour consoler ses disciples, comme si la peine qu'ils allaient ressentir de son absence eût été plus vive que la douleur de sa passion . Qui ne reconnaîtrait là les entrailles de charité et de bonté de ce Seigneur très-clément ?
Mais poursuivons le tableau de la bonté et de la douceur du Sauveur ? Comme il se montra miséricordieux avec saint Pierre quand cet apôtre le niait; il daigne tourner vers lui sa face, afin de briser son cœur de regret et de lui inspirer un grand repentir de sa faute! Bien plus, après sa résurrection, c'est à saint Pierre qu'il apparaît avant de se montrer à aucun autre de ses disciples, afin de sécher ses larmes, de le fortifier et de le consoler dans la confusion qu'il avait conçue de son péché ! Luc. xxiv. Avec quelle bonté il reprit ses disciples qui voulaient faire descendre le feu du ciel sur les Samaritains. « Vous ne savez pas, leur dit-il, à quel esprit vous appartenez; le Fils de la Vierge n'est point venu perdre les âmes, mais les sauver. » Luc. ix, 55, 56. Oh! qui dira l'humilité, la charité, la complaisance et la bonté de ce Seigneur souverain, que toutes les puissances du ciel adorent, et devant lequel la nature entière demeure prosternée, qui daigne cependant laver les pieds boueux de ses disciples, et les purifier avec ces mêmes mains entre lesquelles le Père éternel a mis tout ce qui a existé! Joan. xm. Comment exalter assez la compassion qui le saisit à la vue de Jérusalem, en se représentant le châtiment auquel les lois de la justice divine allaient la condamner. Ses yeux très-purs et très-cléments pleurent des larmes abondantes sur la grande vengeance qui va fondre sur elle ! Et plus tard , sur la croix, toujours livré aux mêmes appréhensions, la première chose qu'il fait, c'est de prier pour ceux qui le persécutent !
Cependant, tandis que le Sauveur endurait sur la croix des douleurs capables de fendre des cœurs de pierre, les Juifs, témoins de sa passion, demeuraient insensibles ou plutôt augmentaient ses douleurs par leurs paroles amères qui tombaient sur lui comme le sel sur ses plaies fraîches et sanglantes. Mais, ô spectacle attendrissant et magnifique! cet innocent Agneau, plus touché de leur perdition qu'indigné de leurs injures , récompensait leur dureté