‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 22 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION, CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION, CHAPITRE VU

dant les Indiens leur ont donné le nom de serpent-bœuf (boa) parce qu'ils peuvent, et qu'on peut d'ailleurs s'approcher d'elles sans en recevoir aucun mal. Elles se nourrissent des cerfs ou des autres animaux qui habitent dans ces pays ; car ne pensez pas que leur douceur ait étouffé en elles l'instinct astucieux du serpent ; elles se placent au bord des eaux où viennent se désaltérer ceux auxquels elles font la guerre , et là, faisant le guet, quand ils s'approchent, elles les frappent de leur queue, les terrassent, les mettent en pièces et les dévorent, ne laissant autre chose d'eux que les os et la peau. Celui de qui je tiens ces détails m'a raconté que, voyant un jour un pauvre animal entre les dents de ce monstrueux serpent, il délivra la malheureuse victime, fit lâcher prise à la bête et la mit à mort sans courir aucun danger. N'y a-t-il pas là un témoignage frappant de la providence avec laquelle Dieu veille sur les hommes ? car voilà un animal farouche qui respecte les plus petits des hommes, et ne touche pas à un seul d'entre eux. Sans doute il y a d'autres animaux malfaisants qui n'ont pas pour les hommes les mêmes égards. Mais qu'importe cela pour la gloire de Dieu? La providence du Créateur éclate en toutes ses œuvres : ici il se montre à nous comme un juge qui veut nous frapper ; là il devient un bon père qui ne désire rien tant que de nous guérir. Voilà pourquoi il a permis que les serpents fussent sujets à des enchantements, et que leur venin, demeurant inactif, ne produisît aucun effet nuisible. Psalm. lvii. Certes, ce n'est pas une petite merveille que des paroles puissent avoir tant de vertu sur des animaux sans raison. En faut-il davantage pour réfuter la mauvaise parole d'Epicure? Terminons par là ce chapitre sur la providence divine, et renvoyons pour de plus amples explications à la première partie de notre Introduction au Symbole et au Silva concionatonnn, où ce sujet se trouve plus longuement traité.

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