CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIX
par un sincère dévouement, et tandis qu'ils branlaient leur tête devant lui en signe de dérision, lui priait pour eux. «Mon Père, disaitil, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Luc. xxm, 34. Leur aveuglement lui était plus insupportable que sa croix. Sa Mère était aux pieds de la croix inconsolable et attristée, mais il semble oublier ses douleurs pour ne s'occuper que du pardon de ses bourreaux. C'est là une grande bonté et une noblesse de cœur incontestable !
Telles sont les vertus, telle est la beauté spirituelle et divine qui se cache sous les dehors humiliés et pauvres du Sauveur ! Le Prophète-Roi, favorisé de clartés nouvelles pour connaître ce nouveau genre de beauté, les avait bien aperçues en esprit quand il disait que « le Seigneur surpassait en beauté les plus beaux des enfants des hommes, que sa beauté lui donnerait un règne prospère, non pas seulement sur les corps des hommes, mais aussi et surtout sur leurs cœurs, en les attirant et en les attachant à lui par la grâce et les charmes de ces vertus; qu'enfin ses flèches brûlantes d'amour frapperaient le cœur de ses ennemis et les convertiraient à lui. » Ps. xliv, 2-5. Il fallait que ceux qui auraient résisté aux châtiments fussent touchés par les bienfaits et les dons de la venue du Sauveur, et c'est avec raison que l'Apôtre a pu dire « que la bénignité et la tendresse de notre Dieu, qui étaient demeurées cachées jusque-là, avaient paru dans cette venue. » Tit. ni, 4. Disons donc en terminant que si Dieu devait converser avec les hommes, il ne pouvait trouver de plus convenable moyen de le faire que celui qu'il a choisi.