CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIX
truire les œuvres du démon, » qui sont les péchés. I Joan. m, 2. Il est venu secondement afin d'introduire sur la terre une vie céleste, c'est-à-dire la perfection de la vie évangélique. Il est venu enfin pour arracher les hommes à l'erreur et pour leur indiquer une autre félicité que celle qu'ils cherchaient au moyen des créatures. Voilà les trois motifs qui ont poussé le Fils de Dieu à descendre du ciel pour nous instruire, et il faut avouer que les trois vertus dont nous parlons servent merveilleusement à le faire parvenir à ses fins.
De la première cause de la venue du Sauveur en ce monde.
Constatons d'abord que tous les péchés qui ont été commis ou qui se commettent encore dans le monde ont leur principe dans un des trois amours pervers dont parle saint Jean dans son Epître canonique : « Tout ce qui est dans le monde, dit-il, est ou amour désordonné des biens de la terre, ou orgueil de la vie, ou concupiscence des plaisirs sensuels. » I Joan. 16. Cette remarque est pleine de vérité, et nous pouvons facilement nous en convaincre en jetant les yeux sur ce qui se passe autour de nous ; il n'y a pas de péchés qui n'aient leur origine dans un de ces trois principes empoisonnés, que rien ne peut ni satisfaire ni apaiser. Les poètes plaçaient à l'entrée des enfers un gardien vigilant et terrible appelé Cerbère, auquel ils donnaient trois têtes et une faim insatiable. Qui sait s'ils n'ont pas voulu par cette fiction représenter les trois amours qui sont en nous ? A tout le moins le serviteur de Dieu, toujours vigilant sur lui-même, doit-il se figurer qu'il nourrit dans son cœur, si petit qu'il le suppose, un autre Cerbère, c'est-à-dire un appétit sensuel qui donne naissance aux trois insatiables amours que nous venons de signaler comme étant la cause de tous les maux qui se produisent.
S'il en est ainsi , qu'avait à faire celui qui venait détruire le péché, sinon porter la cognée à ces trois mauvaises racines? C'est là précisément ce que le Sauveur a fait au moyen des trois vertus dont il a donné l'exemple dans tout le cours de sa très-sainte vie. Sa pauvreté volontaire coupe dans sa racine notre avarice, son
humilité renverse notre orgueil, son austérité et sa vie laborieuse condamne enfin notre amour désordonné du plaisir, et ainsi, au moyen de ces trois vertus disparaissent ces principes mauvais desquels tous les maux découlent en ce monde. Si donc le Sauveur descendait du ciel pour nous enseigner par son exemple cette céleste philosophie, pourrait-il venir à nous d'une autre manière qu'armé de ces trois vertus qui sont le remède souverain de tous les vices? Il devait être notre lumière et notre guide, et, en cette qualité, devait nous précéder dans le chemin où nous devions le suivre.
De la seconde cause de la venue du Sauveur en ce monde.
Mais continuons. Nous avons dit en second lieu que le Sauveur était venu du ciel pour fonder sur la terre une vie céleste, toute renfermée dans la perfection de la vie évangélique. Cette vie n'est pas faite' pour tous, mais seulement pour ceux qui désirent devenir parfaits, et qui, non contents de garder les commandements, s'efforcent encore de mettre les conseils en pratiques. Pour ceux-là, ils doivent savoir que les trois colonnes sur lesquelles reposent la perfection sont les trois vertus dont il es1 question, qui sont opposées aux trois mauvais amours du monde , ces trois amours désordonnés étant les plus grands empêchements que nous ayons pour arriver à la perfection. Notre àme étant faite d'une substance spirituelle, comme celle des anges, ne devrait pas, ce semble, se sentir attirée vers les choses de la chair, mais plutôt vers les choses spirituelles, puisque les premières sont entièrement étrangères à sa nature, tandis que les dernières lui sont tout-à-fait conformes. Si cela n'arrive pas, c'est donc parce que l'àme s'est alliée à la chair, ou plutôt s'est mésalliée en s'unissant à cette étrangère, qui l'attire de toute la force des trois amours que nous venons de mentionner; ces trois amours sont comme trois chaînes qui l'arrachent aux cimes élevées où sa nature la retenait, pour la rabaisser jusqu'à l'estime passionnée des choses de la terre qui lui sont indifférentes e! étrangères. De même donc qu'une pierre, retenue en l'air mal-