CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XIX. ?,cr
a pris encore sous ce rapport, le genre de vie le plus propre à atteindre le but qu'il se proposait.
De la troisième cause de la venue du Sauveur.
Le Sauveur venait troisièmement sur la terre comme la véritable lumière et le véritable guide du monde, afin de tirer les hommes de l'erreur et de leur montrer une félicité toute différente de celle après laquelle ils couraient. La félicité en effet, les hommes la faisaient consister dans la possession des richesses et dans les jouissances des plaisirs sensuels; mais hélas! que leur erreur était profonde ! Rien n'était peut-être plus éloigné de la véritable félicité que cette notion ridicule et condamnée déjà même par un grand nombre de philosophes païens. Cette matière étant infinie, je me contenterai de résumer ici en quelques mots tout ce qui peut s'y rapporter. La félicité de l'homme en cette vie consiste à s'occuper de la plus excellente des œuvres qu'il puisse faire. C'est-à-dire de la contemplation de Dieu, de ses grandeurs et de ses merveilles. Cet exercice saint procure à l'âme une suavité et une paix inexprimable, d'autant plus douces pour elle, que le Dieu d'où elles découlent est plus doux, plus riche et plus aimable que toutes les créatures. Tous néanmoins ne goûtent pas cette suavité céleste ; elle est seulement réservée à ceux qui conservent toujours pur le palais de leur âme. De même qu'un malade qui a le goût dépravé, ne juge pas sainement de la saveur des aliments et que, tout au contraire, il trouve doux ce qui est amer et amer ce qui est doux, de même ceux qui ont corrompu le goût de leur âme au contact du péché et des plaisirs charnels, ne peuvent apprécier comme il faut la suavité des choses spirituelles. « Dieu, dit saint Augustin, est la sagesse et la science des âmes pures ; il n'y a que ces âmes qui jouissent de lui. » Mais il avait goûté les charmes de cette sagesse, celui qui disait après l'avoir trouvée « qu'il la préférait aux royaumes et aux trônes, et que les richesses d'or et d'argent n'étaient rien auprès d'elle. » Sap. vu, 8. C'est là en effet cette perle précieuse pour laquelle le sage marchand de l'Evangile vendit tout ce qu'il avait. » Matth.
xin, 46. Comme le firent plus tard tous les saints et plus particulièrement ces pieux solitaires, qui devaient à la pureté de leur àme de trouver dans cette céleste sagesse la force de souffrir avec joie toutes les rigueurs d'une vie de fatigues et d'une extrême pauvreté. Sans cela aurait-il été possible à des hommes de chair et de sang comme nous, d'endurer pendant de longues années les ardeurs et les froids des déserts, de se résigner à être, toute leur vie, mal logés, mal couchés, mal nourris et même de supporter des abstinences qui duraient quelquefois des semaines entières? Non, il leur fallait un soutien, une force et ils les trouvaient dans les charmes ineffables de la contemplation et de la possession de Dieu. Le soleil dans sa solitude, éclaire le monde plus que toutes les étoiles du ciel réunies ; il en est de même de Dieu, quand il se donne à une àme ; il la réjouit et la rend heureuse plus que ne le ferait la possession de tous les autres biens mis ensemble. Mais cette manne délicieuse et sainte, qui contient en elle toute saveur, l'apôtre saint Jean nous dit que pour la bien connaître, il faut l'avoir goûtée et ceux-là seuls la goûtent qui ont le palais de leur àme entièrement purifié.
Si vous me demandez maintenant ce dont l'àme doit se dépouiller pour bien goûter cette manne céleste, je vous dirai que ce sont les trois amours désordonnés que nous avons mentionnés plus haut; ce n'est qu'après les avoir rejetés hors d'elle-même, qu'avec le secours de la grâce, elle pourra savoir par expérience combien Dieu est doux ! Débarrassé de ces trois amours, notre esprit ayant conquis sa liberté, obéira aux lois de sa nature et prendra son vol pour les hautes régions afin d'y jouir de l'esprit souverain et suprême qui est le centre de sa félicité. La mortification de ces trois amours qui s'obtient au moyen des trois vertus dont nous avons parlé, est à la fois le fondement de la vie parfaite et le principe de la vie bienheureuse. Après cela qui ne voit que ces trois vertus devaient briller surtout chez celui qui venait nous tracer par son exemple le chemin de la félicité !
Répétons-le donc en terminant : Si le Sauveur quittait le ciel afin de nous apprendre par sou exemple les trois choses que nous avons dites , à savoir : l'innocence , la perfection et le